Bess Saincte Merveille


 
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 Le lac - divers et variés

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Bess
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MessageSujet: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:17

Bess.scte.merveille a écrit:
Elle était sortie en trombe du Gardon Tranquille, puis avait longé la façade de la Mairie pour reprendre la rue Brumalac, et rejoindre le lac quasi au pas de course. Elle fuyait ses responsabilités comme si le sans nom était à ses trousses.

Arrivée au bout de la rue Brumalac, ou le bois lui faisait face, elle prit le chemin qui longeait à la fois le bois du Dragon et le Lac et se mit à courir, pour fuir un peu plus loin encore. Enfin elle finit par s'écrouler au sol, essoufflée, le coeur battant la chamade, épuisée par la tension qui s'était installée dés qu'il était entré dans l'Auberge.

Elle l'avait vu cette nuit, du haut des remparts, et pour la première fois depuis son retour à Ventadour, elle savait quelle connaissait cette silhouette, cette manière de se déplacer, ce port de tête. Plus qu'un souvenir c'était une certitude. Qui était-il ? que représentait-il pour qu'elle sente au fond d'elle qu'il était plus qu'une ombre qui traverse le village. Elle avait tenté de quitter les remparts aussi vite que possible, rattraper cet homme, lui demander qui il était et s'il savait qui "elle" était. Mais une fois dans les rues, elle avait perdu sa trace, elle avait parcouru le village de long en large sans résultat jusqu'au petit matin.

Enfin ce soir elle l'avait retrouvé... enfin c'est plutôt lui qui l'avait retrouvée. Et il avait simplement confirmé ce qu'elle s'était espérée à croire, mais au lieu d'un sourire et de souvenirs qui seraient revenus comme par magie, ce fut une tristesse sans nom qu'affichait le regard de celui qui était son époux, quand à elle, seul les yeux de l'homme l'avaient frappé à nouveau, elle en avait un souvenir indélébile puisqu'ils l'avaient accompagnée dans ses cauchemars chaque nuit pendant des mois. Des cauchemars emplis de violence, de brutalité, de bestialité, où le sang teintait chaque image d'un rouge sale et criant de cruauté. Ces yeux lui montraient chaque nuit le chemin vers le calme, apaisant ses peurs et ses doutes, la sortant de ces horreurs qui peuplaient ses nuits.


- Ainsi donc c'était vrai, tu es de retour.

Ce furent les premiers mots qu'il prononça. Confirmant au delà de tout doute possible, ce qu'elle se refusait à croire depuis le début... même après son escapade à Saint Angel avec Arégonde.

On les avait laissés seuls, pour mieux se retrouver. Mais ils n'avaient rien retrouvé, lui avait parlé d'amour qui consume jusqu'à la mort, de l'amour d'une vie. Elle avait répondu par des questions, prenant conscience qu'elle était responsable de la tristesse qui rongeait l'homme assit prés d'elle. Cela n'avait pas duré longtemps, elle avait des questions et il n'avait pas toutes les réponses, juste cette tristesse de l'âme et du coeur qui devait le ronger depuis bien longtemps déjà. Elle avait senti la chaleur de son corps dans son dos lorsqu'il s'était penché par dessus son épaule, lui montrant une famille qu'il portait en son coeur depuis des lustres semble-t-il. Et elle était dessinée au centre de cette famille. Elle l'avait senti dans son dos et un léger frisson lui avait réchauffé les entrailles. Comme si inconsciemment son corps voulait lui montrer qui était cet homme, ce mari, le père de leurs enfants.

Elle avait donc fuit... trop d'information, trop de culpabilité, trop d'incompréhension, et elle ne pouvait lui expliquer à quel point elle se sentait responsable, tout en n'ayant aucune idée de ce qu'elle avait fait. C'était trop dur à assumer.

Maintenant, à genou face au lac, les fesses dans les talons, elle regarde l'Ile Maudite sans la voir, cherchant dans sa mémoire, de toutes ses forces, cherchant un souvenir de ces enfants, de cette vie de famille, mais tout ce qui lui revient ce sont des bribes de cauchemars, ceux-là même qui la hantaient les premiers mois au couvent.

Frustration quand tu nous tiens, elle cria... de toutes ses forces, de toute son âme, elle cria, par dessus le lac, par dessus l'Ile Maudite, par dessus ce voile qui couvrait son passé d'une amnésie qui la privait de son histoire, de ce qu'elle avait été, de ce qu'elle aurait du être aujourd'hui. Elle cria jusqu'à l'épuisement, avant de s'effondrer dans l'herbe et sa fraîcheur salvatrice, les larmes coulant sur ses joues, les mains plantées dans la terre, le regard perdu dans le ciel qui s'assombrit, la nuit va venir... bientôt.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:18

Bess.scte.merveille a écrit:
Errances

L'aube. Le village dort encore. Le ciel noir se teinte d'un léger voile plus clair à l'est. Elle n'avait pas fermé l'oeil de la nuit, son coeur s'emballait sans cesse au fur et à mesure de ses pensées. Des battements soudains qui maintenaientt son corps en éveil, comme un bruit qui vous surprend la nuit alors que le sommeil est proche. Epuisée, tendue, le souffle court, elle s'était tournée et retournée pour enfin finir par se lever s'habiller, et préparer un morceau de pain de la veille, un reste de fromage, et de la prune dans sa besace. Ses pas l'avaient menée jusqu'au lac, comme à chaque fois qu'elle cherchait un moment de solitude. Son calme rassurant, sa surface lisse, recouverte d'une fine brume évanescente. Elle s'assoit sur la berge, redressant les jambes qu'elle entoure de ses bras, posant le menton sur les genoux, elle regarde le miroir reflétant le ciel qui s'éveille.

Elle avait cherché pendant des mois... sans doute pas assez loin, mais on ne pouvait lui reprocher de ne pas avoir essayé. Puis elle avait accepté de vivre dans l'ignorance, cette ignorance qui l'accompagnait depuis le premier jour. Qui suis-je ? que sais-je ? d'où viens-je ? Elle avait accepté de ne pas savoir et surtout de ne plus chercher. C'est comme ça qu'elle avait commencé à avancer. Penser à demain sans regarder en arrière.

Et puis il y avait eut Dhea avec ses certitudes, sa grandiloquence, "moi je sais qui tu es". Alors l'espoir était revenu, pas tout de suite non, c'était trop beau pour être vrai, alors non au début ce n'était pas de l'espoir, c'était juste de l'incompréhension... et peut être un peu de colère, et seulement ensuite de l'espoir. Puis l'espoir c'était teinté de certitude quand elle l'avait vu. Lui. Elle le connaissait sans le connaitre mais c'était mieux que rien, surtout mieux que rien du tout. Elle avait demandé et il avait raconté. Elle avait écouté, surprise, peinée, avide de mots, avide d'histoire, avide de savoir. Elle en avait prit, et puis elle en avait laissé, comme avec Dhea, tout ne pouvait être vrai, quand on regarde en arrière le passé se teinte parfois d'une pointe d'aventure, de romanesque. Ça n'avait rien éveillé mais ça n'était pas grave, ça allait venir. Elle avait le temps maintenant. Les gens la connaissaient, la reconnaissaient. C'était parfois déstabilisant mais elle s'y faisait.

Et puis il y avait eut hier. Des reproches qu'elle ne conçoit pas, des allusions qu'elle ne comprend pas. "Il" avait dit qu'elle avait été importante et elle avait compris qu'elle avait été importante pour lui. Mais c'était plus que ça .... bien plus. Et maintenant ? Elle n'avait toujours aucune réponse mais devait en apporter à ces gens venus pour vérifier la nouvelle. Eux.

Elle exhale un profond soupir, se défait de ses chausses, puis relève le bord de ses jupes sur les genoux, prenant les pointes dans la ceinture pour les tenir en place, trop court pour cacher deux longues cicatrices démarrant des mollets et montant plus haut sous le tissus au delà des cuisses. S'approchant de l'eau, elle trempe d'abord un pied, puis l'autre. L'eau est plus que fraîche, pas vraiment froide. Elle pose les pieds sur le fond vaseux, s'assoit sur la berge, puis s'allonge en fixant le ciel cette fois.

Le bois tout proche s'éveille, une exclamation venant de loin là bas... vers le village. Elle va devoir y retourner, passer chez un des boulanger pour y prendre du pain frais pour le Gardon, vérifier qu'il y a de la prune vu le monde qu'il y avait hier soir. Et puis son bureau, pour faire les comptes de la veille.

Mais pas tout de suite, pas encore.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:18

Karyaan_ a écrit:
[Gommée...]

Le parchemin glisse et doucement tombe telle une plume. Tout est ralentit, le monde s'est arrêté à ses quelques mots griffonnés sur papier tissé.
Ils tambourinent comme un mantra insupportable, un métronome qui vous met des claques et vous compresse l'âme dans un étau où la douche froide se mue en une culpabilité sordide.
Un vent glacé s'insinue et suinte de chaque parcelle de son corps.
Le vide... et ce foutu serpent au creux du bide, qui glisse, poisseux, enserrant, étranglant, filant une nausée insoutenable.

Pourquoi faut-il que se soit eux... ?
Est-ce l'apanage des légendes de son Ordre que de devoir subir ce genre... d'outrage... ?

Le parchemin se pose délicatement sur le planché, sans bruit, et pourtant, il a hurlé cette vérité qui est assourdissante en cet instant.

La brume est rivée sur l'horizon à travers la fenêtre entre ouverte. Rien est fixé hormis le vide, histoire peut-être d'encaisser ce qu'elle vient de lire.
Et la surprise se mue en une colère sourde.
Comment...?
Comment peuvent-ils...?

Pour se calmer, elle alla s’asseoir sur les dernières marches de l'entrée imposante de son castel. Son dernier né de dix huit mois, jouant avec un bâton, affrontant des démons et des dragons, tel le chevalier qu'il est du haut de ses trois pommes.
Combat dont, il est évident, il ressortira vainqueur.
Et puis une présence, une énergie qui la complète, cet autre, son autre qui vient se poser à ses côtés comme s'il avait deviné sans vraiment en avoir conscience, que c'était maintenant qu'il devait prendre une pause dans son travail.

Sans lever la voix, sans éclat, sans émotion qui déborde, elle lui expliqua ce que son frère lui avait rapidement expliqué en quelques lignes.
Première réaction du Loup, qui ne souffrait d'ailleurs pas d'un quelconque refus... On y va !
Elle lui sourit simplement. Ils sont bien trop semblables pour avoir besoin de partir dans des explications et des génuflexions lyriques.
Ils iront, et dès le lendemain. Peu importe leur travail, peu importe leurs obligations.
Il y a des priorités dans la vie, et celle-ci est de taille...

Le Mans, Ventadour, on ne peut pas dire que se soit à côté, mais qu'importe.
Ils sont cavaliers, ils ont l'habitude de voyager.
Enveloppés dans leurs lourdes capes noires brodés en leur dos, d'une licorne gravée de fils d'argent, ils filent comme le vent à travers les chemins de terres, de pierres.
C'est après deux jours de voyage presque sans s'arrêter, qu'ils arrivèrent aux portes du village limousin.

C'est au pas que les deux ombres entrèrent dans la ville. Capuches relevées, cachant les trois quarts de leurs visages, ils offrent un tableau presque morbide à ceux qui osent poser leur regard sur eux. La seule chose qui pourrait rassurer, c'est le petit homme calé contre sa mère et le pommeau de la selle. Protégé par le lourd tissu de la cape de sa génitrice, montrant son nez, trop curieux de voir toute l'agitation de la cité.

Sans esclandre, sans tapage, d'une voix sans émotion aucune, une demande à un passant qui passe.
Il pointe un doigt, désignant un chemin sortant des remparts et se dirigeant vers le lac.

Là-bas qu'elle est !

Là-bas...
Pression légère sur les flancs des montures en sueur, le cuir crisse et les brides teintent.
D'aucun se serait précipité.
Ils ne sont pas de ce genre là.
Lentement, ils traversent le village en se foutant royalement des regards hagards qui les suivent.

Et puis, une présence...
La Sombre tourne légèrement sa tête encapuchonnée. Nul besoin de poser ses yeux sur la colossale silhouette, elle sait, elle sent qu'il est là, tout comme il a su qu'elle arrivait.
Elle ne s'arrête pas pour autant. Ils se verront plus tard.
Continuant nonchalamment leur chemin, ils s'enfoncèrent dans un petit bois qui déboucha sur le spectacle d'un grand lac calme sous le soleil d'un printemps laissant place à l'été.

Un autre passant qui passe, paniqué à la vue des deux ombres juchées sur leurs montures.
La voix grave du mâle résonne.
Une question, une seule.
Une réponse, elle suffit.

Mouvement de bride, ils bifurquent là où on sait qu'elle a ses habitudes.
De nouveau quelques arbres, marquant un semblant de frontière. Ils en sortent et s'immobilisent là où la berge s'avance un peu plus. Là où elle semble un peu usée par les flots parfois agités, ou bien par le trop plein du trop souvent de trop de gens.
Là, une silhouette, isolée du monde.

Les deux montures sont arrêtés. Le barbe à la robe de cendre souffle et secoue lentement son encolure, faisant teinter les brides. Silence...
Les deux ombres restent là, fixant la jeune femme en robe qui leur tourne le dos.

En robe... ?
Est-ce possible qu'il se soit trompé... ?

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:19

--Rhuyzar. a écrit:
Ils ne sont pas de ceux à qui la vie réserve son long fleuve tranquille. Ils ne sont pas non plus de ceux qui regardent les évènements passer à leurs côtés, les frôler dans un simple bruissement d'air sans apporter plus, dans leur quotidien, qu'un furtif courant d'air à l'impact quasi inexistant.

Non, ils sont de cette espèce, presque en voie de disparition, que la vie marque, façonne, forge, emporte. Passionnés et terribles, ils remontent le courant jusqu'à épuisement complet de leurs forces, se battent, surtout lorsque la cause est désespérée. Pour ne rien regretter. Pour fermer les yeux et qu'aucun doute ne vienne assaillir leur conscience. Parce qu'ils savent que s'ils sont là, c'est pour quelque chose. Et que l'éphémère vaut la peine qu'on prenne le temps de le vivre.

Malgré les turpitudes de la récente campagne militaire contre l'Anjou, la période était calme depuis un long moment. En comparaison de ce qu'ils avaient pu connaitre par le passé, l'un et l'autre, ces mois qui s'étaient écoulés s'apparentaient à une pause salvatrice, une bulle plus fine englobant celle, plus épaisse, du lien les unissant. Ils pouvaient résider à Beaumont, voir leurs enfants, leurs amis. Profiter des soirées qui peu à peu se réchauffaient et du climat qui s'adoucissait, même dans ce Comté du Maine, peu réputé pour la qualité de son ensoleillement. Les querelles politiques n'étaient qu'un détail. Parfois envahissant et agaçant, mais guère plus destructeur qu'une piqure de moustique sur le derme d'un éléphant. Ils en avaient vu d'autre, et de bien plus dangereux. Cette menace là, n'était finalement qu'un ordinaire de la nature humaine, un éternel recommencement.

Au fond d'eux ils savaient que cette quiétude ne pouvait durer, qu'elle ne cadrait pas avec la nature même de leurs êtres et de leur existence. Mais avaient-ils eu envie d'y croire ? Ou avaient-ils préféré jouir de l'instant sans chercher à se préparer à ce qui ne manquerait pas de venir troubler la clarté de l'eau ?

Ils eurent pu réagir avec fatalisme à la nouvelle qu'ils reçurent alors qu'ils résidaient au château. Ils eurent pu se sentir abattus face à cette énième preuve de l'espèce particulière à laquelle ils appartenaient. Ils eurent pu croire à une malédiction, un mauvais sort, un acharnement. Mais c'eut été renier leur nature profonde et la force qui les habitait lorsque, plus que jamais, ils avaient besoin d'elle.

Et si, poussé par un pressentiment qu'il n'avait pas perçu, le Loup avait rejoint la Sombre sur les marches pour prendre connaissance du fait, c'est bien sa force profonde qui prit le pas sur la tristesse au moment de décider ce qu'il fallait faire. Y aller, oui. Partir et se mettre en quête de cette âme revenue, elle aussi, de nulle part, dans un monde qui avait changé, qui ne voulait plus d'eux, mais auquel ils ne laissaient pas d'autre choix que de supporter leur présence protectrice.

Bess... ce nom résonnait moins fort à ses oreilles qu'à celles de son épouse, qui l'avait mieux et plus longtemps connue. Pour lui, Bess signifiait une génération plus jeune que la sienne. Une génération qui avait eu le courage de relever le défi au nom de ce serment prêté dans une immense salle chargée d'histoire, parfois de mythe. Une génération confrontée à la lutte qu'avaient menés les anciens, des années durant, pour faire perdurer cet idéal chevaleresque, à mille lieues des fantasmes et des lubies de pouvoir de quelques ignorants. Et ces quelques ignorants étaient devenus légion, tandis que les rangs des Justes s'amenuisaient avec le temps. Bess signifiait une génération sacrifiée, sur l'autel d'une guerre dont le Loup savait qu'ils ne pouvaient pas la gagner, juste retarder la défaite.


Ils avaient pris la route dés le lendemain. Voyageant léger, voyageant vite. Ne s'arrêtant que pour permettre au tout petit qui les accompagnait de tenir le choc et de ne pas s'épuiser, à cet âge où ses besoins dépassaient encore ses moyens. Tant qu'il était avec sa mère et son père, Nemed n'était pas un enfant difficile. Vivant, oui. Curieux de tout et empli d'une énergie qui faisait sourire plus d'une fois ses parents. Mais habitué à la route, aux voyages. Ils avaient traversé le Royaume sans encombre, deux ombres filant vers une nouvelle confrontation difficile, la résurgence d'un passé qui refusait perpétuellement de s'effacer et de disparaitre. A l'exception près que, désormais, ils étaient deux à l'affronter. Et que cette dualité ne manquait pas de ressources.

L'arrivée en Limousin provoqua, chez lui, un afflux de souvenirs difficiles à contenir. D'immenses noms avaient forgé cette terre, l'avaient façonnée. Bralic, Rassaln... Ses Frères et Mentors. Exemples titanesques pour une Licorne qui se hissait inexorablement dans le ciel. Peut-être, justement, étaient-ils allés trop haut ? Peut-être était-ce la volonté et la ferveur qu'ils avaient mis dans leurs combats qui rendait, aujourd'hui, les murs de Ryes aussi ternes ? Et pourtant, au fond de lui, le Loup le savait. Ils avaient agi comme il le fallait, bâti et protégé un Royaume qui, sans eux, n'aurait peut-être pas survécu. Les remords de sa trop longue absence s'étaient effacés face à la conduite de ceux qui prétendaient respecter le même serment que celui qu'ils avaient prononcé. Si par le passé, ils avaient forcé ce monde à se plier à leurs règles, la tendance s'était aujourd'hui inversée, et la Chevalerie avait courbé l'échine, par facilité ou par peur, reniant l'héritage légué pour se rassurer et ne pas avoir à se battre.

Ils avaient peu parlé durant le trajet. Ils parlaient, de toute manière, peu. Être en présence l'un de l'autre suffisait à établir, entre eux, une forme de communication silencieuse qui passait par les gestes, les regards. Cette évidence aussi, parfois, le frappait. Car celle qu'il appelait désormais son épouse, parfois avec un léger sourire heureux aux lèvres, n'avait pas croisé sa route depuis si longtemps que cela. Et pourtant... Il eut pu dire qu'elle était là depuis toujours, et qu'elle le serait à jamais. Une évidence, oui. Le genre de mot qui signifie qu'un ciment profond et robuste s'est posé entre eux, les liant le plus naturellement du monde. Pour le meilleur. Toujours le meilleur.

A Ventadour ils croisèrent furtivement le colosse. Nul doute qu'ils se verraient plus longuement lorsqu'il serait possible. Mais pour l'heure ils étaient en quête d'une autre. D'une femme qui, d'après les informations, avait changé. Cette information annonçaient des retrouvailles d'autant plus compliquées. Et comme toujours, ils aviseraient sur l'instant, se laisseraient porter par le courant, par ce qu'il avait à leur dire, à leur faire comprendre.

Il ne leur fut pas difficile de trouver l'endroit où elle aimait à être. Un espace de nature au bord d'un lac. Un clin d'oeil du destin, à eux qui aimaient à s'éloigner de l'agitation urbaine et à goûter aux joies de l'air pur, du grand espace, de la liberté.

Tandis qu'ils s'approchaient, il perçut chez sa Louve une hésitation. Elle était faible, comme un questionnement inquiet. Elle regardait la femme en robe qui leur tournait le dos, cherchant peut-être la certitude de son identité avant de l'aborder. Se méfiant d'une imposture ?

Doucement, les doigts gantés de sa senestre passèrent sur ceux de son épouse. Puis il descendit de son cheval. Flattant l'encolure et laissant la monture comprendre qu'ils seraient un moment à l'arrêt. Plus à l'aise les deux pieds sur la terre ferme que juché sur une selle. Même pour attendre. Tendu, lui aussi, face à l'inconnu de cette situation. Jouets du destin, ils entamaient là une nouvelle et étrange partie.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:19

Pour tout dire c'était devenu une sorte de rituel. Tous les matins, un passage par le lac était l'assurance d'une journée bien commencée. Elle aimait ça, observer, écouter, s'écouter également, s'apaiser, se ressourcer parfois nager. Enfin son petit moment à elle loin des turpitudes d'une vie bien remplie. Une vie qu'elle remplissait pour combler l'oubli. Et si elle était honnête avec elle même, elle s'avouerait que c'était une vie remplie pour ne pas affronter ce qui l'attendait à St Angel. Ces matins sur le lac, elle réfléchissait sur le sens de la vie, sur ce qu'elle devait ou non faire pour la Licorne, si elle devait attendre que le mari qui ne l'était plus l'emmène à St Angel faire connaissance avec les enfants, ou comme Dhea l'avait glissé, s'occuper de ses propriétés et tenir la place qui était la sienne. Tout à la fois peut être ?

Et puis les cauchemars étaient revenus, oh rien d'aussi terrible que ceux qu'elle avait vécu au début de son éveil avant.... non mais assez troublants et dérangeants et surtout sanglants pour qu'elle se redresse chaque matin avant l'aube, un cri au fond de la gorge, le coeur battant la chamade,  les jambes nouées dans les draps. Et contrairement aux plus beaux rêves dont on ne peut retenir les images ou même les sensations, il lui était difficile d'oublier. L'étonnement, la curiosité, le doute puis la peur ...qui devient terreur, le sang, tellement de sang. Et enfin la douleur. C'est ce qui l'éveillait à chaque fois. De la douleur il ne restait qu'un souvenir de ces longs mois de convalescence qui avaient laissé un corps décharné et torturé reprendre peu à peu ses force. Mais la terreur elle, perdurait au delà du réveil. Elle se glissait dans son lit dés le soir, lorsque le silence s'étend sur les toits de Venta qui s'endort, pour lui sauter à la gorge avant le petit matin.

Alors comme chaque fois, elle s'était levée bien avant l'aube, elle avait tourné en rond pour finir par s'occuper des comptes de la Mairie, histoire d'attendre que le ciel se teinte d'azur pour rejoindre le lac. Son lac. Elle y trouvait la paix, et la sérénité nécessaire pour continuer sa journée. La nature qui s'éveille, le pépiement des oiseaux, la rumeur montant du village, et le doux clapotis de l'eau sur la berge. Parfois même, elle en profitait pour se baigner. Mais pas aujourd'hui. Les cauchemars avaient été particulièrement éprouvants cette nuit, et elle avait eut bien du mal à calmer les frissons qui étreignaient son coeur.  Elle ne pensait pas supporter que sa chainse vienne se prendre dans ses jambes, voile collant venant l’agripper et lui rappelle cette dernière sensation d'être entravée, de voir le mal à l'état pur arriver, et de savoir pertinemment qu'elle ne pourra rien y faire. Qui ? quoi ? là n'était pas la question, c'était l'inéluctabilité de la chose qui l'effrayait le plus. Et les traces que son corps garderait à jamais de cette...rencontre.

Alors elle reste là à profiter de cette paix, la douce sensation de l'herbe encore humide sous ses doigts, la fraîcheur de la terre qui monte dans le corps, et se sentiment de liberté et d'espace pendant que ses pensées s'égarent, simplement se sentir vivre et renaître, juste effacer se sentiment d'ignominie qui lui colle à la peau. Pour cela elle s'applique et ne pense à rien, juste laisser le temps s'écouler aussi lentement que possible.  Il lui faut bientôt reprendre le cours de sa nouvelle vie... la seule qu'elle connaisse à vrai dire mais c'était la sienne. Vérifier le marché, alimenter le Gardon, faire un point sur les entrées et sorties de la nuit. Elle esquisse un sourire en repensant au coup de pendard que lui a fait la Lieutenant puis se lève en ramassant les restes de son frugal repas matinal. Elle vérifie sa mise, la robe est quelque peu chiffonnée, elle la lisse du plat de la main, quelques mèches se sont glissées hors de la tresse. Tant pis, elle n'a plus le temps de retourner se coiffer. Elle inspire, un fin sourire sur les lèvres et  reste là quelques instants, juste pour profiter une dernière fois du spectacle parce qu'elle n'aura plus le loisir d'y revenir avant demain.

Et puis un frisson, elle fronce les sourcils, penche la tête et tend l'oreille. Un changement dans l'air, une présence, les sons provenant du bois sont moins intenses, et puis elle entend ... un cheval...non ... deux. Son coeur manque un battement.


Ils arrivent...
Presque en silence... si elle avait été quelqu'un d'autre peut être n'aurait-elle rien remarqué.
Mais elle est ...
Alors elle n'a pas peur... pas encore... mais elle devrait.

Elle inspire doucement et écoute, presque tétanisée. Elle est venue sans arme, juste son petit couteau qui ne lui sera d'aucune utilité le cas échéant. Les chevaux sont à l'arrêt, elle entend le choc sourd d'un cavalier qui descend de sa monture. L'autre et donc toujours en selle. Elle se doit de réagir... partir en courant par les bois ? sauter dans le lac et nager jusqu'à l'Ile Maudite ? Où affronter la menace. Cette pensée la ramène à la réalité, le cauchemar l'a touchée plus qu'elle ne le pensait pour en venir à soupçonner la moindre présence comme hostile. Elle affiche donc un sourire de circonstance en glissant la hanse de son fardeau en travers de la poitrine, et se retourne.

Deux cavaliers, elle ne s'était donc pas trompée. Comme toujours. C'était le plus déroutant. Savoir sans savoir pourquoi on sait. Elle maniait la lame avec dextérité, montait à cheval, percevait la menace d'un silence ou d'un cri. Elle pouvait se glisser silencieusement dans les rues la nuit sans que quiconque sache qu'elle était là. Plus d'un villageois avait cru mourir de peur en la voyant surgir au coin d'une rue. Deux cavaliers, ils ne sont pas menaçant mais elle frissonne tout de même. Sombres. C'est ce qui lui vient à l'esprit. Encapuchonnés elle ne peut que deviner leurs traits. C'est l'homme qui a quitté sa monture, le deuxième doit être une femme, le menton est fin, les lèvres ourlées, la stature beaucoup moins imposante. Elle penche légèrement la tête et se tend prête à battre en retraite en voyant un mouvement sous la cape de la cavalière. Ce n'est qu'une menotte potelée, un jeune enfant.

Le sourire se fait un peu plus franc, soulagée. On n'emmène pas un jeune enfant pour détrousser les gens.


- Je peux vous aider ?

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:19

Karyaan_ a écrit:
Quand on est en selle, rien est jamais immobile, ne serait-ce que la respiration du puissant animal qui vous berce, d'autant plus si celui-ci a galopé durant de longue distance.
Rien est jamais silencieux, les cuirs crissent, les brides tintent, l'équidé souffle cherchant à détendre ses muscles endoloris par l'effort.
Après la chevauchée presque fantastique, l'arrivée en ville avait permis au petit homme de sortir sa trombine de derrière le lourd pan noir de la cape de sa génitrice. Tout avait fini par s'arrêter finalement, une pause, un énième arrêt ? Le petit brun en profita pour sortir carrément de son abris et pousser un petit cri ravi. Ce genre de gazouille propre aux minis choses âgées de quinze mois à peine. Agitant ses pognes, il sourit quand son père descendit de selle, s'amusant par la même du mouvement las du barbe baissant encolure pour chercher brindille d'herbe grasse. Quelque chose clochait, même du haut de sa jeunesse et innocence, il le sentait. Ses yeux enfantins se posèrent alors sur la dame plus loin.

Brides glissées entre les doigts de sa dextre gantée de noir, la senestre libre au cas où, les rennes fuient, donnant du moue à l'animal tendant son cou. La scène est hors de tout, hors du monde, comme en suspend jusqu'à la résolution finale...
Est-ce vraiment elle... ?

La Sombre ne bouge pas, femelle protégeant son héritier alors que son mâle fait le premier pas, défendant lui, la meute dans son entier.
Qu'ont-ils à craindre ces deux là ? Affûtés qu'ils sont aux arts de bien des combats.
Qu'ont-ils à craindre de cette femme seule ?
Rien... hormis qu'elle bouleverse leurs vies, mais ça, c'est un moindre mal, ils y sont habitués.
Rien... mais ils étaient à présent un ensemble, et certaines évidences s'étaient imposées sans même qu'ils se soient concertés. Il est le protecteur, l'Alpha qui impose. Elle reste en retrait, ultime rempart, ultime bouclier.
Comme une danse dont ils connaissent tous deux les pas, sans vraiment les avoir jamais appris.

Il a mis pied à terre, dernière alerte, s'il en fallait encore une, pour celle qui leur tournait encore le dos.
Toujours en silence, aucun mot, attendant ce dénouement, cette vérité qui explose.
Elle se retourne.

Elle se retourne et le cœur de la Sombre manque un battement.
Le monde s'arrête pour une durée qui semble s'éterniser.
D'un geste lent, gracieux sans vraiment chercher à l'être, la senestre se lève et fait glisser sa lourde capuche sur les épaules de l'Ombre toujours en selle. Dévoilant un visage à la peau d'opale, pâleur accentuée par l'ébène de ses cheveux maintenus en une longue tresse simple. Ses yeux couleur de brume rivés sur celle qu'ils étaient venus trouvés, détaillant sans pudeur la jeune femme en robe.
C'était bien elle... oui...
Une vague étrange la noya presque. Un mélange de soulagement, de bonheur qu'elle soit toujours en vie, mais aussi, une colère sourde d'avoir été abusé par des tromperies, et surtout... surtout une culpabilité acide de l'avoir au final... abandonné.

Tout ça, tant de choses, tant de questions qui se percutent dans son esprit en à peine quelques secondes alors que son visage n'offre au monde qu'un masque impassible où se peint, subtile, un très léger sourire au coin de ses lèvres.
Les mots griffonnés de son frère lui revinrent en mémoire au milieu de ce flot indescriptible.


Ussta Sirn, gumash dos xxizz, qualla...
(Mon Reflet, un coup de main, s'il te plait...)

Elle avait presque murmuré, sa voix était douce, tranquille, sereine malgré tout ce qui se percutait en son esprit. D'un geste tendre et habitué, elle fit glisser son fils sur le flanc gauche de la monture, son père le récupérant pour le poser au sol.
Délestée, elle pu à son tour mettre pieds à terre.
Décrochant la fibule de sa lourde cape, elle la jeta sur la selle de l'animal épuisé, qui croustille tous les brins d'herbe qu'il a à portée de museau.
Aucun geste brusque, toujours calme et tranquille, comme mue par une patience indéfectible. Réajustant son mantel azur et le fauchon qu'elle porte à sa dextre dont le fourreau est gravé d'une licorne cabrée.
Encore et encore, les mots de son frère résonnent.
Bref regard à son mâle puis ses yeux couleur d'orage se posent sur celle qu'ils sont venus retrouver.
Parlant d'une voix posée.


Navrée de cette arrivée non annoncée. J'espère qu'on ne vous a pas fait trop peur. Mon frère nous a expliqué la situation quelque peu... compliquée.

Léger sourire tendre, elle fit un pas en avant et inclina sa tête en guise de salut.

Je me nomme Karyaan Lómàlas, cavalier de l'Ordre Royal de la Licorne. Et voici mon époux, Rhuyzar et notre fils Nemed...

Marquant une bref pause, presque hésitante puis continua.

Adel... il me semble... je me trompe ? Pourriez vous nous accorder un peu de votre temps ? Peut-être pourrions nous vous aider à répondre à quelques unes de vos questions... et vous même... vous pourrez sans nul doute répondre à certaines des notre.

L'envie lui vrillait les tripes de lui sauter dessus, de la prendre dans ses bras et de sauter de joie de ces retrouvailles inattendues...
Mais c'était sans compter la réserve pudique... trop pudique... de la Sombre, et surtout, de ce que lui avait dit son frère.

"Elle a tout oublié, elle ne se souvient plus de qui elle est. Beaucoup tentent de l'aider à se rappeler, et je la sens tirailler, en souffrance."

L'envie oui, de la harceler de questions, de comprendre, de trouver dans ses réponses une excuse pour se déculpabiliser, si tant est que se soit possible.

Elle n'avait pas avancé plus avant, restant à distance pour ne pas s'imposer, pour ne pas oppresser.
Elle attendit.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:20

Bess.scte.merveille a écrit:
Jaugée...jugée peut être... observée trop impudemment pour qu'elle ne le remarque pas, et ça lui plait pas l'Adel, et sans doute que la Bess non plus d'ailleurs. Mais comme on dit, elle met son mouchoir par dessus et elle fait avec. Question d'infériorité numérique.

Alors elle laisse faire l'Adel, après tout elle n'a rien à cacher, même pas une arme, c'est dire. Elle laisse faire et elle garde le sourire de circonstance, histoire de garder la face. Le silence, tout relatif en ces lieux, devient presque pesant. Puis la capuche tombe, c'est une femme comme elle s'y attendait, mais le sourire s'étiole quelque peu. Déjà vue. Les sourcils se froncent, dans la veine tentative qu'elle fait pour retenir cette sensation, se semblant d'ombre de souvenir, et seul lui répond un murmure, à peine formulé, à peine entendu...


Chevalier ?


Déjà oublié, parti, envolé. Il n'est plus qu'un vague frisson. Adel regarde toujours le couple à l'enfant, un très jeune garçon qui passe de l'un à l'autre. La mère -car à n'en pas douter elle l'est- descend enfin de l'animal et se défait de sa cape, et c'est presque sans surprise qu'elle remarque la licorne cabrée. Evidemment. Encore eux. A croire qu'ils vont tous se donner rendez-vous en Limousie. Cette licorne dont elle n'avait aucun souvenir. Pourtant toute la vie de Bess semblait centrée exclusivement sur l'animal mythique, comme marquée au fer rouge. Ainsi donc on venait encore la chercher... ou la voir... ou l'insulter... ou lui demander quoi encore ? des comptes ? des réponses ? Le sourire s'efface complètement cette fois. Des réponses elle n'en a pas, et après cette énième nuit de cauchemars elle se demande même si elle en cherche encore.

On lui avait pourtant assuré qu'elle avait le temps, enfin pas trop mais assez pour réfléchir à la situation. Et puis les cauchemars étaient revenus alors la situation.... Elle reste silencieuse pendant que "l'autre" approche sans envahir son espace, se présente et s'explique. Adel se détend, le sourire revient mais plus discret, elle salue l'époux à l'enfant avant de revenir à Karyaan en hochant la tête.


Vous êtes donc la terrible soeur de Yoran... il m'a prévenu de votre venue. Son regard se reporte sur les deux hommes, observe le manège de l'enfant qui semble apprécier cette pause. J'espère que vous ne serez pas déçus du voyage... parce que des réponses je n'en ai pas. Et je n'ai pas d'excuse à vous donner non plus ...

Elle regarde la sombre dans les yeux, pour tenter d'y retrouver l'ombre de l'ombre du souvenir qui l'a saisie quelques instants plus tôt mais c'est passé, et elle ne voit que questions. Encore des questions. Toujours des questions. D'un signe de tête, elle lui accorde audience, puis se tourne à nouveau vers le lac, d'un signe de main elle invite le couple à s'approcher. L'île maudite disparaît presque dans la brume, le ciel se perd dans l'eau calme, et BessAdel frissonne.

Je ne pense pas avoir les réponses que vous attendez, mais je peux au moins essayer. Elle inspire profondément, en fixant les nuages qui glissent sur la surface réfléchissante du lac. Des questions, encore et toujours. Et des réponses elle n'en obtient jamais. Ou pas celles qu'elle demande. Qui était-elle ? Qui était-elle VRAIMENT ? Devait-elle continuer à chercher Bess ou être seulement Adel ?  Etait-elle la même ou une autre ? Et si tout cela n'était qu'une vaste mascarade où le but ultime était de la pousser vers la folie à chercher une qui n'existe pas.

Que voulez-vous savoir ?

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:20

--Karyaan_ a écrit:
Penchant la tête de côté aux premiers mots choisit par celle qu'ils étaient venu retrouver. Elle arqua un sourcil et fini par sourire franchement.
Elle la détaille, la Sombre, elle ne peut pas s'en empêcher. Comme un souvenir apparu d'un passé qu'on pensait révolu et dont on n'avait pas eu le choix de faire le deuil. Elle la détaille comme on s'acharne devant un jeu des différences, cherchant là les similitudes et là, ce qui diffère.
Elle perçoit surtout le combat intérieur qui suinte de tous les gestes de celle qui fut son amie. De ce regard azur qui hurle son ras le bol de devoir encore et encore supporter.
Elle resta silencieuse alors qu'elle aurait aimé hurler à son tour tant de choses. Elle l'écouta, suivit son regard et sourit tendrement quand il se posa sur son cadet gazouillant mue par l'innocence de son jeune âge. Tout content d'être au sol et découvrant son environnement sous la surveillance de son père.
Elle reste silencieuse la Sorcière, quand l'amnésique se détourna et reporta son attention sur le lac, lassée, résignée par tout ce qu'on lui imposait depuis des jours et des jours et des jours.
Et après l'ultime question, le silence complet repris ses droits, silence outragé uniquement par l'activité assourdissante d'une nature en éveille.

La brume glissa un bref instant sur son mâle, comme pour y trouver cette énergie nécessaire pour supporter l'insupportable. Ce sentiment atroce de culpabilité face à une souffrance. Ce sentiment d'impuissance et cette nécessité de marcher sur des oeufs par respect... par respect et amour...

L'Ombre fit quelques pas, lentement, sans rien brusquer et elle se plaça aux côtés de la mairesse de Ventadour. Reportant à son tour son regard sur l'horizon qui s'embrume, elle parla alors d'une voix calme, sans trop d'émotion, tendre, presque détachée pour ne pas se laisser submerger par le trop plein d'émotion.
Contrôle...


Déçue...
Comment pourrais-je l'être alors que vous êtes vivante, là, à ma droite ?
Des réponses...
Les silences et les non dits sont bien plus parlant que tout ce que vous pourrez nous expliquer.
Des excuses...


Sa voix se nouant légèrement, gardant ses yeux rivés au loin pour ne pas que tout déborde.

... c'est plutôt à moi de vous en faire...

De nouveau le silence s'imposa comme une chape de plomb s'abat sur un monde trop fébrile, trop fragile. Elle ferma un bref instant les yeux, inspirant profondément, puis les ouvrit à nouveau et tourna la tête, reportant son attention sur celle à ses côtés.

La seule chose qui m'importe est de savoir si vous allez bien.
Le pourquoi du comment de la raison de la chose viendra en temps et en heure si cela doit être su.
Je ne sais que ce que mon frère a bien pu me dire, c'est à dire l'essentiel.
Et...
Et je crois que ce n'est pas à vous de donner des réponses, nos questions ne sont pas importantes au regard de ce que vous vivez.
Par contre, je pense que nos réponses à nous pourraient peut-être vous aider à y voir plus clair.
Nous sommes là pour ça.
Votre vie, au final, est comme un immense puzzle dont les pièces ont été perdu et/ou chamboulé. Nous sommes porteurs d'une partie de ces pièces. Il ne tient qu'à vous de vous en saisir et en faire ce que bon vous semblera.


Le masque impassible se fend, laissant paraître un sourire franc et bienveillant.

Terrible ? Tant que ça ? Va falloir que je lui cause à mon frère je crois.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:20

--Rhuyzar. a écrit:
La scène qui se déroulait sous ses yeux avait quelque chose de presque irréel. Tandis que le Louveteau, étranger à l'afflux de souvenirs et d'émotions, gambadait en gazouillant sur l'herbe dont les montures avaient décidé de faire leur repas, les trois adultes se regardaient, détenteurs chacun d'informations que les autres désiraient, sans forcément le savoir eux-mêmes.

Le Loup était resté un peu en retrait, surveillant ainsi le bambin aventureux que rien n'effrayait, évitant aussi de provoquer chez la femme qu'ils étaient venus voir une peur malvenue et peu en phase avec leur entreprise. Pour autant il restait attentif, captant le regard que lui lança son épouse et y répondant d'un hochement de tête et d'un léger sourire chaleureux qui étira les cicatrices de son visage.

Réalisant soudain qu'il n'avait pas rabattu le capuchon de son mantel, il le laissa tomber sur ses épaules, dévoilant sa chevelure grise et blanche nouée en catogan et sa mine scarifiée et sévère, héritée de ces années de luttes et de périples.

Il écoutait aussi les paroles échangées par les deux femmes, retenant un sourire, parfois une grimace. Son temps viendrait, ils étaient venus pour cela. La relique qu'il était avait eu la chance, ou la malchance, de garder toute sa mémoire. Ne manquaient que cinq années passées bien trop loin pour avoir suivi les affaires du Royaume. Mais ces années là, la Sombre les avait assez vécues pour pouvoir les raconter.

Patient, Rhuyzar veillait sur Nemed et les montures. Se faisant à l'idée qu'un Chevalier de plus avait été victime des affres de la vie tandis que ceux qui arboraient aujourd'hui ce titre trébuchaient à chaque pas qu'ils faisaient. Fallait-il vraiment que Bess se souvienne et qu'elle constate ce qu'était devenu ce Monde qu'elle avait connu ? Qu'elle découvre, comme lui, un héritage foulé et renié sans pitié ? Ne valait-il pas mieux la virginité de l'oubli, même si ce dernier se parait parfois d'éclairs de lucidité fugaces ?

Le Loup n'avait pas la réponse et ne la trouverait surement pas ce jour. Pour l'heure il restait silencieux, couvant sa Meute du regard et reléguant les doutes dans les tréfonds de son esprit. La vie saurait décider elle-même le cours qu'elle aurait envie de prendre.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 17 Juin 2016, 22:20

Bess.scte.merveille a écrit:
Le temps est une chose bien étrange, s'écoulant tel un torrent au sortir d'un orage particulièrement violent. Il file tel le vent de la tempête, vous donnant l'impression que vous ne gérez plus rien du tout, que vous êtes perdant dans tous les cas, que quoi que vous fassiez la nuit sera toujours trop longue et la journée trop courte pour faire ce que vous avez à faire.

Et puis le temps s'arrête. Simplement. L'eau du lac est toujours dérangée ci et là par les poissons, une feuille qui s'égare, les punaises d'eau qui dansent. Le bois est toujours en éveil, bruissements de feuilles ou d'ailes, craquement de branche ou couinement animal. Mais le coeur d'Adel a manqué un battement, et le temps s'est arrêté sur quelques mots que personne encore n'avait prononcé depuis son retour. Elle est surprise mais ne bronche pas, les yeux toujours rivés sur l'étendue d'eau. Oui elle est toujours vivante et il s'en est fallu de peu. Et si soeur Petronille était présente elle aurait ajouté qu'il s'en était fallu d'un miracle, mais c'est bien connu que soeur Petronille en fait toujours des caisses. Son corps se souvient et frissonne au souvenir de sa longue et douloureuse convalescence. Elle secoue la tête, pour faire taire les souvenirs, ce n'est pas de ceux là qu'elle veut.

Elle se sait observée, mais continue d'écouter. Elle n'attend plus vraiment de réponse, tout ce qu'on peut lui dire ne lui rappelle rien. Cette Bess est une étrangère. Si parfaite pour ce qu'on lui en dit que ça en devient effrayant. Bien sûr que l'absence a exacerbé les sentiments, Shiska, Infirmier, Santreize, Wolfloner... mais le respect que certains lui témoignent, comme Karyaan à l'instant même... c'est terrifiant et pourtant... Elle n'attend plus de réponse non et pourtant elle désire toujours en savoir plus, connaitre la vérité, trouver la faille, faire tomber cette Bess du haut de son piédestal, alors peut être qu'avec un peu de chance, l'Adel sera enfin à la hauteur.

Elle regarde Karyaan, puis se tourne encore, à la recherche de Rhuyzar qui est resté en retrait avec le petit, et il s'est découvert... elle comprend qu'il ait gardé sa capuche si longtemps, car elle n'aurait même pas prit le temps de réfléchir pour sauter dans le lac ou s'enfuir dans les bois. Comme elle, il est marqué, mais il arbore fièrement ce qu'il est, alors qu'elle met un soin particulier à se couvrir. Elle a au moins cette chance de pouvoir le faire, elle ne porte pas une tresse pour être à l'aise, chaque mèche est soigneusement peignée dans le seul et unique but de dissimuler, les manches restent longues, quel que soit le temps, et elle ne va se baigner qu'une fois certaine d'être seule. C'est une fois chez elle qu'elle se sent libre de relever les manches et défaire les lacets. Nouveau soupire.

Ses yeux glissent vers le petit, comme tous ceux de sont âge, beau à couvrir de baiser, insouciant à faire peur, un petit ange potelé que l'on pourrait observer des heures durant. Il s'amuse comme seuls savent le faire les enfants, d'un tout et d'un rien. Des gloussements d'étonnement, des jappements de plaisir, il explore ce monde si grand et si prometteur.

Adel reporte son attention sur Karyaan qui attend patiemment. Les regards ses croisent, se soudent, chacune cherchant Bess dans les yeux de l'autre. Un sourire en coin en une pensée pour Yoran.


«Votre frère serait parfait... s'il savait seulement apprécier la prune, je m'en voudrais vraiment s'il avait des ennuis par ma faute.»

Elle hésite, poser encore une fois la même question ?

«Pour tout vous dire... je connais sa vie...celle de Bess...enfin la mienne avant. Ça ne m'évoque rien, et cependant je dois rendre des comptes, prendre des décisions dont je suis incapable de mesurer l'importance et l'incidence que cela aura sur ma vie » Elle fait la moue et quitte Karyaan du regard pour à nouveau se perdre dans les eaux calmes du lac.

«La mienne... pas la sienne.»

Elle pensait que le temps s'était arrêté mais cela n'est pas tout à fait vrai. Il s'est arrêté juste dans leur bulle, le soleil est plus haut dans le ciel, la rumeur leur parvient du village, si on regarde au loin vers le port, quelques pêcheurs se mettent à l'oeuvre. Elle a le temps. Peut être que cette fois sera la bonne. Elle n'a rien à perdre à écouter.

«Si l'endroit ne vous dérange pas... asseyons nous et racontez-moi»

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Lun 20 Juin 2016, 08:26

Karyaan_ a écrit:
Le papillon, aux ailes tout juste déployées, est-il un autre être que la chenille qui s'est endormie au creux de son cocon ?

Comprenne ce qu'elle voudra bien comprendre. Prendra la chose comme elle le sentira. La brume s'était vissée à l'azur, regard d'assurance et de bienveillance, accompagné d'un sourire tendre.
Déliant sa ceinture portant son fauchon, elle s'assit et posa l'arme à ses côtés.


Mon frère a bien des défauts oui, c'est ce qui le rend parfait.
A commencer par son aversion pour l'alcool. Malheureusement, je crains en être la cause.
A trop l'aimer, je l'en ai dégoutté.


Son sourire se mue en amusement et elle lui fit un clin d’œil alors que son fils galopa en équilibre précaire jusqu'à sa mère, fondit dans ses bras en guise de câlin rassurant, de source d'énergie inépuisable et reparti à l'aventure, intenable.
Le laissant filer, le silence reprit ses droits quelques secondes, puis la Sombre continua, d'une voix toujours calme et posée, tintée peut-être d'un peu plus de gravité.


Comment pouvez vous connaitre sa vie si vous ne vous en souvenez plus ?
Au travers de ce que d'autres ont pu vous raconter ?
Mais que savent-ils de qui elle fut ?
Comme tout le monde, elle offrait à chacun une facette d'elle qu'elle ne donnait pas forcément à d'autres.
Un puzzle... vous n'avez que des bribes, que des pièces.
Il n'y a qu'elle... que vous... qui pourrait se raconter vraiment.


Reportant son attention sur le lac, la brume au loin glissa sur le fil de l'eau comme une caresse indécente, un appel aux sens, à se laisser emporter vers d'autres mondes, libéré de ses entraves et de tout ce qui pèse, afflige...

Prendre des décisions...
C'est idiot...
Comment pourriez vous choisir un chemin alors que vous êtes sourde, aveugle et totalement incapable de sentir le monde d'une quelconque manière ?


Elle se tut un long moment, inspirant profondément après avoir fermé les yeux, elle ouvrit à nouveau les paupières et l'anthracite resta fixée sur les volutes du lac. Murmurant dans un souffle.

Racontez moi...

Inspirant à nouveau, elle se massa la nuque puis reprit une voix plus claire.

Vous raconter... que pourrais-je vous dire ?
Mon époux pourra mieux vous narrer votre... naissance... à la Licorne.
Car nous y sommes liés, comme des frères... des sœurs... bien plus proches encore qu'au sein d'une famille de sang... du moins, c'était ainsi... avant...


Avalant difficilement ce dernier mot, le serpent visqueux au creux de ses tripes se réveilla, se mouvant lentement, immonde, rognant tout ce qu'elle a encore d'espoir et de croyance en cet ordre à qui elle a donné sa vie.

C'est en son sein que je vous ai connu. Alors que ma mentor a pris du recul, vous l'avez... en quelques sortes... suppléé...

Difficile pour elle de lever le voile sur ce genre de sentiments. Elle qui contrôle tout, elle qui ne supporte pas de s'exposer, se mettre à nue est un exercice des plus compliqués.
Mais elle lui doit bien ça.
Alors elle prend sur elle... parce qu'être Licorne, c'est aussi ça. S'offrir par delà les apparences, par delà les modelages qu'on attend de vous. Ne pas être qu'une marionnette qu'on façonne pour qu'elle suive en agitant le groin.


Peu importe la place que vous aviez, vous avez été là, et vous m'avez appris les subtilités de ce qu'est vraiment la chevalerie. Vous m'avez apporté la pondération, vous m'avez permise de m'élever sans jugement, sans obligation. Vous avez été un guide juste en étant vous même et en acceptant qui je suis.

Tournant la tête, elle reporta son attention sur elle, le regard grave mais le minois emprunt d'un sourire tendre.

De décision, vous n'avez pas à prendre pour le moment, elles viendront en temps voulu.
Vous êtes Licorne, vous n'avez pas besoin d'arborer un mantel ou une arme gravée, ou même un collier.
Que vous soyez Bess ou Adel... c'est là, c'est dans votre regard, votre sourire, vos peurs...
Être Licorne c'est être sincère... voilà ce que vous m'avez appris.
Voilà ce que j'ai perdu quand vous avez disparu... cette sérénité de pouvoir être moi entre les murs de notre forteresse...

Vous raconter...


Un rire étouffé par un soupire d'impuissance.

Vous étiez si fermée... obsédée par cette passion qui m'oppresse tout autant.
Ce devoir qui nous maintient debout malgré les sacrifices, malgré la violence des coups qu'on nous porte.
Vous portiez tant que vous n'aviez pas le temps à autre chose. En tout cas, vous n'en donniez pas l'impression.
Vous ne pouviez pas vous le permettre. Parce que vous étiez la garante de notre unité, de cette cohésion qui fait... faisait de nous une famille.
Et tout ça, non pas parce que vous étiez Bess... mais parce que vous portiez un collier qui avait en lui cet héritage que vous avez endossé, que vous avez assumé.

Voilà tout ce que je peux vous raconter... je n'ai de vous que cette facette que vous m'avez offert.
Votre intimité, je ne la connais pas. De vos proches, je ne connais que celui qui fut votre époux, et vos enfants. De votre passé, je ne sais vraiment pas grand chose. Nos relations se cantonnaient à l'Ordre qui, comme pour moi, était toute votre vie.

Prendre des décisions... comment le pourriez vous... ?


Secouant la tête, elle soupira à nouveau, affligée par le peu d'humanité, et cette absence de fraternité.
Elle se rappela les yeux fous d'Ethan cherchant Cerridween. Elle se rappela les montagnes déplacées par certains pour protéger les autres. Les armures Licorne ne sont pas faites de heaumes et de plaques, mais des compagnons qui sont côtes à côtes. Les armes Licorne ne sont pas faites d'épée ou de haches, mais de rage et d'élan unique.
Elle laissa le silence reprendre ses droits, se doutant bien qu'elle en avait dit beaucoup, assez pour chambouler, surement trop d'ailleurs...

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 01 Juil 2016, 13:59

Bess.scte.merveille a écrit:
Haussement de sourcil en entendant Karyaan lui parler de papillon et de chenille, elle répond d'un haussement d'épaule en rendant l'esquisse d'un sourire, puis suivant le mouvement, retire sa besace de ses épaules et s'assoit sur l'herbe encore humide. Son regard se fixe un instant sur l'arme, avant de revenir sur son interlocutrice. Les voilà toutes deux sur un pied d'égalité, l'assurance d'une discussion plus sereine, tout du moins de son point de vue.

Un sourire en coin à la remarque sur le colosse de frère. Étonnant comme une montagne pareille peut être menée à la baguette par une femme si menue et qui fait au mieux, la moitié de sa taille. Puis le petit garçon vient les interrompre, à la recherche d'un câlin. Interlude bienvenu. Adel observe, et jalouse cette mère comblée. Qu'il doit être doux d'étreindre ce petit corps chaud et de sentir sa peau d'un velours à nul autre pareil vous chatouiller la joue, quand il est votre. Elle baisse les yeux, pudique, préservant l'intimité d'une mère et son enfant dans une étreinte certes de courte durée mais confondante de sincérité. Seuls les enfants savent faire cela.

Puis Karyaan reprend, et Adel fixe son regard sur l'enfant reparti comme il était venu, tellement plein d'insouciance, prêt à conquérir le monde de ses petites jambes. Il n'est pas encore tout à fait stable, c'est toujours un bébé, mais il est prêt à découvrir, apprendre, tomber et se relever encore et encore, pour vaincre tous les obstacles à sa portée. Et Adel écoute sans interrompre, les yeux toujours rivés à l'enfant, un point d'ancrage dans le présent, alors qu'elle tente de faire un bond dans le passé. Au moins Karyaan a compris la complexité de sa situation. C'est exactement cela ... sourde et aveugle. Elle n'est rien. Une coque vide, qu'il faut remplir mais d'histoire. Une histoire qui est sensée être la sienne. Alors elle écoute. Sagement.

Elle relève les genoux pour y poser le menton, entourant le tout de ses bras comme dans un geste protecteur. Elle quitte enfin l'enfant des yeux et fixe l'horizon sans le voir, l'esprit à la dérive. Pour Rhuyzar son tour viendra... plus tard. Elle écoute religieusement, cette famille dont elle a fait partie un jour, cette famille qui semble-t-il n'est plus la même... pourquoi ? Elle écoute, encore et toujours, en silence. Licorne... Licorne... Licorne. Comme une douce mélopée, un sentiment de déjà vu, un semblant de souvenir. La Licorne revient encore et toujours. Elle jette un oeil sur sa voisine. Se rend-elle compte qu'elle incarne le don de soi, dans son intégralité : l'esprit, le coeur et la chair. Elle l'observe, et se demande si Karyaan est le miroir de ce qu'elle était. Toute entière, vouée à une seule et unique entité.

Licorne.

Et c'est effrayant. Elle ne veut pas avoir dédié une vie à quelque chose qui au final lui aura tout prit. C'est donc de ça que parlait Shiska. Elle ne voulait pas avoir voué toute une vie à une famille pour en perdre une autre. Karyaan avait fait ce choix mais elle semblait allier les deux sans problème, un mari et un enfant à ses côtés, aujourd'hui et sans doute encore demain. Où est-ce que quelque chose avait cloché ? quand cela avait-il dérapé ? Quel incidence cela avait eut pour en arriver à la situation actuelle ? Shiska avait parlé d'éloignement, de lassitude du corps et de l'âme.

Sauf qu'elle n'était jamais arrivée chez les moines...

Le silence reprend à nouveau ses droits, mais Adel ne l'entend pas. Elle fixe toujours un point au delà de l'horizon. Elle comprenait sans comprendre. Elle comprenait se besoin de remplir ses engagements, elle le faisait actuellement à la Mairie, attentive à faire fructifier les caisses, petit à petit, à ne pas perdre d'argent, à ce que le marché soit approvisionné... mais elle se gardait des instants pour elle. Elle avait une vie à côté, elle se liait avec d'autres, elle avait des projets autres que la mairie même si pour le moment ils se cantonnaient à trouver une solution pour revoir, et connaitre ses enfants. Elle ne se voyait pas entièrement vouée à une Mairie qui avait existé avant elle, et qui existerait après elle. Nul n'est irremplaçable, nul n'est indispensable. Était-elle de ces gens qui s'imaginent que sans eux rien ne peut tourner ? Passionnée...

C'est effrayant, et désopilant. C'est triste à mourir. Ce n'est pas une histoire qu'on a envie d'entendre. Et pourtant elle est là pour ça. Pour entendre et apprendre. Pour comprendre. Pour accepter peut être... Elle est là et elle n'a pas envie de comprendre. Qu'a-t-elle cherché en "naissant" Licorne pour reprendre le terme employé par sa "soeur". Une famille ? une carrière ? un besoin d'être quelque chose ? d'appartenir à un tout ? de ne faire qu'un avec les autres ?  Ou est-ce plus profond que cela ? Mais Karyaan n'a pas les réponses à ces questions. Seule Bess les a...

Elle lâche ses genoux et se redresse. Karyaan reste sans un mouvement. A quoi pense-t-elle ? que regrette-t-elle ? Qu'est-elle venu faire ici ? la chercher ? la convaincre de revenir ? lui prouver qu'elle avait une place là bas ? ou tout simplement aider une amie ? non... aider une "soeur". Le silence s'éternise. Et elle n'est pas certaine de vouloir le rompre. Mais il le faut... tout n'a pas été dit. Rhuyzar n'a pas encore rempli sa part du marché. Peut-être que lui saura lui expliquer. Comment peut-on condamner sa vie à une seule et même entreprise, faisant fi des maris, enfants, familles de sang ou d'alliance. Pour une Licorne. Il lui faut l'autre partie de l'histoire.

C'est donc vers lui qu'Adel se tourne enfin. Il est resté sagement en arrière, à écouter sans interrompre, soutien silencieux à sa belle, sa "soeur" son autre moitié. Elle l'observe enfin le guerrier. Il en a toutes les caractéristiques, mais il a aussi la fierté du véritable Chevalier, portant les stigmates d'une vie passée l'épée à la main. Il est de ces hommes contre lesquels elle n'osera pas se frotter. Elle est agile, mais il a l'expérience qu'elle n'a pas, et n'aura peut-être jamais. Il a cette force brut qu'elle n'aura jamais, obligée de feinter pour arriver à ses fins. Plier, tourner et esquiver pour frapper à la moindre erreur de l'autre. Elle n'a tout simplement pas le gabarit. Alors elle doit compenser. Sa petite taille lui donne cette souplesse et cette aisance dans les mouvements. Mais il a la puissance. Elle frappe d'estoc quand il taille dans le vif.

Non c'est sûr elle ne fait pas le poids. Elle l'observe sans malice, sans détour, sans pudeur. Chevalier. Avait-elle eut cette fierté ? cette assurance dans le port, cette certitude "d'être" et d'en avoir la légitimité ? Chevalier, synonyme de courage, de vertu et d'abnégation. Un guerrier sans peur et sans reproche. Elle sourit, se moquant du romantisme qu'elle met dans sa vision de la Chevalerie. Avec un C majuscule parce qu'elle ne s'imagine même pas l'écrire autrement.


« Rhuyzar c'est bien ça ? ... vous êtes Chevalier n'est ce pas ? »

Ce n'est pas une véritable question, c'est une certitude pour elle. Pour quelle raison... déduction, intuition, souvenir... rayez la mention inutile. C'est surtout une invitation, à s'approcher, à les rejoindre. C'est surtout une invitation à raconter... encore raconter... toujours raconter. Et pendant ce temps elle écoute et emmagasine. Ensuite il lui faudra digérer et accepter. Ça et tout le reste. Enfin elle posera les questions qui lui brûlent les lèvres. Mais pas encore, pas tout de suite, après.

« Racontez-moi ma.... "naissance"»

Elle regarde à nouveau Karyaan en disant cela, employer ses mots. Avant d'être Licorne, peut-être a-t-elle était Adel, la même qu'aujourd'hui. avant de devenir une autre, cette inconnue. Alors peut-être que ce qu'aura à dire Rhuyzar lèvera le dernier voile, les derniers doutes, et répondra aux dernières questions.

Ou pas.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 01 Juil 2016, 14:00

--Rhuyzar. a écrit:
Dans son esprit, la question était restée en suspens. Et la conversation qui avait pris forme entre les deux femmes ne lui offrait que peu d'éléments de réponse. Etait-ce un bien ? Cette absence de souvenirs précis et de connaissances sur ce qui l'avait conduite à cette situation ? Il l'avait tant souhaitée lors de son retour, lorsqu'il s'était confronté à ce Monde qui avait changé et qu'il ne comprenait plus que partiellement. Il avait cru que ne pas savoir l'aurait aidé à accepter la ruine, la destruction de ce pour quoi il s'était battu, sacrifié... Mais leurs esprits n'étaient peut-être pas faits pour l'ombre et l'ignorance. Peut-être, malgré le voile qui recouvrait la mémoire, perçait alors un fin trait de lumière, une étincelle qui se battait pour remédier à cette situation et ne pas se résigner dans le noir. Peut-être était-ce leur nature profonde que de toujours vouloir, désirer, avancer. Et peut-être que, n'étant pas faits pour la simplicité, leur souffrance n'en était alors que plus grande. Le débat restait entier, et surement ne trouverait-il pas la réponse adéquate. La faute à une question trop mal posée.

Tandis que son épouse et la revenante s'installaient pour discuter, il conduisit les montures à l'ombre d'un arbre où elles pourraient paitre sereinement sans crainte qu'elles ne s'éloignent trop. Il ne les attacha pas, réfractaire à cette pratique depuis son séjour dans les grandes plaines de l'est, où la liberté des montures avait autant d'importance que celle de leurs cavaliers. Un peuple qui avait compris que l'attachement ne se matérialisait pas par la force.

Un oeil sur le Louveteau qui paraissait étranger à la gravité de l'instant, il s'approcha, écoutant avec attention, maitrisant l'envie furieuse de révéler ce qu'il ne devait pas, ce qu'elle devait demander elle-même. Il sentait chez la Sombre le même désir de retrouver la femme qu'elle avait connue, aux côtés de laquelle elle avait combattu et porté fièrement les couleurs de l'Ordre, à cette époque où Licorne rimait encore avec fierté. L'état actuel de ce vestige du passé ne faisait qu'ajouter au désir de renouer avec ceux qui en avaient construit la grandeur. Et il freinait, en même temps, par peur de l'attrister et qu'elle comprenne que tout ce pour quoi elle s'était tant battu n'était plus qu'un souvenir enterré, à peine chéri de quelques uns, pour qui la force des serments avait encore une once d'importance.

Il capta également le regard de Bess, ou d'Adel, puisque le choix existait. Un peu de tristesse l'envahit lorsqu'il perçut l'inquiétude dans ses yeux, cette peur qu'inspirait bien souvent son allure et les marques de son visage. Cette peur était une arme puissante. Maintenant à distance ceux qu'il ne désirait pas voir approcher. Mais elle ne touchait pas, d'ordinaire, ceux qui le connaissaient vraiment. La lire sur quelqu'un qui l'avait connu et côtoyé provoquait une sensation étrange qui ne faisait qu'ajouter à la tristesse. Ses yeux se posèrent alors sur sa Louve, cherchant une image rassurante, capable de l'aider à faire front.

Surveillant toujours Nemed du coin de l'oeil, il vint s'asseoir avec elles alors que Bess formulait les premières questions qui lui étaient destinées. Si la première était facile, la seconde le prit un peu au dépourvu. Sa main puissante, instinctivement, se posa sur celle de sa compagne tandis que son esprit remettait en ordre les idées dont il avait besoin à cet instant précis. Après de longues secondes d'un silence tout juste perturbé par la nature qui les entourait, sa voix grave et profonde perça le silence.


Je suis Chevalier, oui. On m'en a retiré le titre, me croyant mort des années durant, mais c'est ce que je suis, un Chevalier. J'ai prêté serment il y a dix ans maintenant. Et je ne m'en suis pas détourné depuis. Avec ou sans titre, c'est ce que je suis, ce que je serai toujours.

Un léger sourire étira les traits de son visage à l'évocation de ce qui constituait une partie de sa nature. Une manière de dire que la Chevalerie, la véritable, ne s'effaçait pas dans le temps ou selon les décisions relatives à des procédures et des textes de loi. Qu'elle se passait de ces règles, du fait des siennes, propres, celles qui avaient, en partie, causé sa disparition.

A l'époque où nous nous sommes croisés, il y a des années de cela, je portais encore ce titre. J'en ai porté d'autres. Mais ce n'est que du détail. Je peux vous raconter certaines choses, celles dont je me souviens. Je vous ai moins connue que mon épouse, B... Adel. Vous étiez de ceux, destinés à succéder à ma génération, qui l'ont fait et ont prolongé l'existence de notre Ordre et les valeurs pour lesquelles il combattait. A l'époque où vous êtes entrée dans nos murs, je commençais déjà à disparaitre, laissant derrière moi le poids de nombreuses années de lutte, un héritage conséquent et difficile à porter que vous avez assumé, cependant, par respect pour votre serment, parce que je pense que cette cause, qui était la notre, vous parlait et vous semblait cohérente.

Il marqua une pause, tâchant de remettre en ordre ce qui s'échappait de manière chaotique de son esprit.

Il faut que vous compreniez que la Chevalerie, notre Chevalerie, était un rouage essentiel de ce Monde. Un élément central qui se donnait des airs d'annexe pour se protéger. Loin des images de contes et de légendes, nous n'avons pas été des héros, pas de ceux qui galopent sur leur monture dans leur armure flamboyante. Mieux que ça, nous avons été des bâtisseurs, des architectes. Nous avons guidé ce Royaume sur la voie de la stabilité et de la paix. Nous l'avons veillé, aussi, en secret. Déjouant les complots, écartant les menaces. On pourrait nous présenter comme des fanatiques, tant nous nous sommes oubliés nous-même dans cette lutte. Mais c'était là notre rôle. Fournir un équilibre face à ceux dont les motivations étaient différentes. Nous n'avons pas cherché à prendre le pouvoir, nous l'avions. Désintéressés et avec pour unique but de préserver la paix et la stabilité, il nous était possible d'agir et de faire ce que la plupart ne pouvaient pas. C'est ce monde que vous avez rejoint et dont vous avez été une figure. Vous êtes née au contact d'hommes et de femmes qui avaient fait voeu d'offrir leur vie à ce Royaume, à son Peuple. Peu importait la Couronne, ou les dirigeants, notre tâche restait, parce qu'elle dépassait les noms et la durée de leur vie, ou de leur règne.

De là vient notre fraternité. Notre besoin d'être unis, soudés. Seuls dans un Monde ne nous connaissant pas, pour son propre bien, vos Frères et Soeurs devenaient alors votre famille. Les seuls à savoir réellement qui vous étiez, ce que vous faisiez. Et vous étiez une enfant très douée. A croire, que comme certains d'entre nous, vous aviez cela dans le sang...


Il sourit doucement, d'un mélange de tendresse et de nostalgie. Laissant le silence reprendre ses droits le temps nécessaire, afin que ses mots prennent sens et soient compris comme ils le devaient. Pas trop d'un coup. La discussion durerait surement. Mais il y avait tellement à dire...

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 01 Juil 2016, 14:00

Bess.scte.merveille a écrit:
Le silence... il s'éternise entre chaque allocution, comme pour lui laisser le temps d'avaler la couleuvre... Le Chevalier c'était joint à elles, et Bess/Adel porta toute son attention et tout son intérêt sur Rhuyzar. Elle est surprise par son geste... ne sachant s'il recherchait des forces, un soutien, ou s'il s'agissait juste d'un geste tendre à son épouse. Dans tous les cas c'est un geste auquel elle ne s'attendait pas, et c'est avec un regard nouveau qu'elle le fixe alors qu'il commence son histoire.

D'abord celle du Chevalier qui ne l'est plus... comment est-ce possible ? Qu'on l'ai cru mort soit... mais il est là non ? bien vivant apparemment. Elle fronce des sourcils sans comprendre. Effectivement, il n'a pas besoin du titre, il l'est toujours indubitablement. La question lui brûle les lèvres, mais elle se tait, et elle écoute parce qu'elle est là pour ça. Enfin non ... ils sont là pour ça. Elle pose les questions, ils répondent, elle écoute.

Un semblant de sourire en entendant Rhuyzar buter sur son nom. Elle s'y habitue peu à peu. Elle lui dira, plus tard. S'ils veulent l'appeler Bess après tout, qu'y peut-elle? Avant les autres faisaient attention, mais le temps passe, et ils n'essaient plus. Elle ne sait même plus sous quel nom signer les documents qu'elle doit parfois envoyer. Mon dieu que l'esprit s'égare vite. Elle a failli perdre le fil de la conversation. enfin non pas tout à fait. Il parle d'héritage, mais c'est bien plus que ça. Elle est attentive, elle écoute, elle touche du doigt... elle penche la tête, les sourcils se froncent à nouveau, les yeux rivés sur cet homme qui lui raconte bien plus que ce qu'elle a entendu depuis son retour. Pas l'histoire non ... l'Histoire. Et c'est aussi bien plus que ça. C'est une réponse.

Une véritable réponse. Elle sait maintenant le Pourquoi. Elle comprend l'utilité, au delà de soi, de ses désirs, et même de ses aspirations. Pas une réelle ambition non, c'est à la fois bien moins, et bien plus que tout ça. Un but. Unique. Elle comprend cet élan, elle comprend cette fierté du devoir à accomplir quel qu'en soit le prix à payer. Elle comprend également l'unité de toute une fratrie, sous une seule et même bannière. Préserver la paix et la stabilité. Quelle plus belle cause ? L'oeuvre de toute une vie, et de toutes les suivantes.

Elle les regarde tour à tour. Elle comprenait la volonté de vouloir faire partie de ce tout. Le voulait elle encore aujourd'hui ? la question n'était pas encore posée.

Il lui fallait refaire un point, reprendre les éléments qui lui avaient été donnés. Tous sans exception. Elle se focalise à nouveau sur le lac, le soleil s'élève toujours lascivement, le matin est bien installé maintenant, le calme de l'aurore n'est plus qu'un souvenir. L'esprit en ébullition elle laisse le silence s'installer à nouveau, les sourcils froncés, son regard ne porte sur rien et ne voit rien, elle est entièrement tournée sur ses réflexions. Le puzzle n'est pas complet mais il commence à prendre forme. Les reproches étaient donc fondés ? Non car même si "elle avait été" Rhuyzar venait de lui confirmer qu'on parlait d'un ensemble, une famille, entièrement vouée non pas à un dieu ou un mythe et encore moins une personne, mais à un idéal. Un idéal à maintenir parce que l'homme est une créature faible, envieuse, destructrice, meurtrière et avide de pouvoir. Avide d'un pouvoir qui corrompt l'âme.

Une élève douée.

Aurait-elle laissé tomber ? Shiska avait parlé de lassitude, d'épuisement, aurait-elle tout abandonné  ? Non non tu fais fausse route il y a juste eut


T'inquiète tu vas crever... mais pas tout de suite !


un incident.

Elle réprime le frisson de terreur qui la submerge l'espace d'un battement de cil, elle a presque senti le souffle puant la mort qui murmure à son oreille. Foutus cauchemars. Elle se vide l'esprit juste histoire de reprendre le fil, il lui faut reprendre pied à tout prix. Ils en étaient où .... l'élève douée qui avait cela dans le sang. Voilà. L'élève douée qui a reprit le flambeau des anciens. L'élève douée qui a disparut, pour reprendre les termes de Shiska. Et un ordre dont on parle au passé. Que s'est-il passé ? Et la question revient encore et toujours.... quels responsabilités ? Qui, quoi, où, comment et ... pourquoi ?

Les Licornes sont restées silencieuses, attendent-ils un éclair de lucidité ? une résurgence des souvenirs ? De ce côté là ils vont être déçus. C'est mort. Tout est mort quand...


A petit feu...


Avant.

D'un geste machinal elle vérifie que les cheveux sont bien tirés, que la tresse est toujours bien serrée, hormis quelques mèches réfractaires. Elle ferme les yeux un instant, c'est trop et trop peu, elle a touché du doigt, mais il ça ne suffit pas. Alors les questions vont revenir... comme toujours. Un cercle sans fin dont parfois elle s'imagine ne jamais sortir. Des questions sans réponses et des réponses qui amènent d'autres question. Et pendant ce temps son âme meurt petit à petit de ne pas savoir, de ne pas être, de ne "plus" être. Mais elle ne vas pas abandonner... pas encore et pas aujourd'hui en tout cas.

Elle fixe Karyaan, puis Ruyzar, l'un et l'autre liés dans un tout qu'elle comprend enfin. Qui n'explique pas tout, juste le pourquoi. Mais c'est déjà tellement plus que ce qu'elle avait ce matin en venant ici.


« Vous pouvez m'appeler Bess... presque plus personne ne m'appelle autrement. »

Le sourire est bref et triste. Adel avait survécu, elle avait surmonté, elle avait abandonné aussi... et du coup elle ne se consumait pas en raison de l'absence. Quand a elle... plus vraiment Adel, pas encore tout à fait Bess, un être entre deux. Le regard passe de l'un à l'autre.

« Ainsi j'étais douée... à quel point ? et qu'est ce qui a changé ? » Qu'est que j'ai fait ? Non elle ne posera pas la question. Elle n'est pas encore prête à l'assumer.  « Vous parlez de la Licorne au passé... »

C'est un constat, quelque chose est terminé, quelque chose n'a pas tenu. Le pouvoir aurait-il corrompu l'âme même de l'Ordre ? L'âme de l'ensemble des membres ? ou celui d'une minorité qui a prit les rennes ? qui convoite, soudoie, infiltre et détruit de l'intérieur.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 01 Juil 2016, 14:00

--Karyaan_ a écrit:
Pour être franche, je vous préfère Adel...

Et Bim !

Non, la claque n'était pas pour l'amnésique, mais bien pour la Sombre elle-même.
Elle avait écouté son presque déjà futur époux, le laissant s’asseoir à ses côtés, le laissant poser sa main sur la sienne, geste qu'elle ne tolérait que de lui parce qu'elle était incapable de le repousser de toute manière.
Il parlait, et plus il expliquait, plus l'Ombre se murait, encaissant les frappes qu'il assénait.
Parce que ça fait mal, oui ça fait mal de se rendre compte qu'on est arrivé bien trop tard. Qu'on a perdu tant et tellement.
Le serpent visqueux glissant immonde au creux de ses tripes, les nouant au fur et à mesure qu'il donnait cette vision de la chevalerie, cette image de l'Ordre qu'elle avait elle-même et qui, à présent, était si lointaine.
Elle en eut la nausée la Sombre, seule indice perceptible sa main sous la sienne se crispant quelque peu. Et quand il parla de fraternité, s'en était trop, trop pour elle, trop pour supporter. Elle se redressa alors légèrement et récupéra sa main, s'enfonçant inexorablement, s'emmurant pour tenter de contrôler tout ce qui se déchaînait en elle de colère, de rage.

C'est d'une voix plus glaciale qu'elle ne l'aurait voulu qui s'exprima alors, son regard rivé sur son fils jouant plus loin. Valait mieux oui, car supporter leurs regards, là, tout de suite, elle en était incapable.


Ce qui a changé... ?
Notre fraternité.
Quand ceux qui guident lâchent en pâture, à l'incompétence d'un Roy et la folie de certains de ses suivants, l'un des leurs.
Restant silencieux, cautionnant la calomnie alors qu'ils ont été tout autant acteurs.
Unis...? soudés...? quand ceux qui se disent porteurs de notre héritage acceptent le lynchage publique juste pour ne pas être éclaboussés, et brandissant l'excuse ô combien éculée que la voie de la chevalerie est perclus de sacrifices...
Non...


Son visage impassible, masqué de froid presque violent, se tourna alors sur eux. Oui, la colère lui permettait d'éviter tout autre débordement. Beaucoup le lui reprochent, car beaucoup ne comprennent pas.

Non...
La voie de la chevalerie n'est pas jalonnée par la trahison de ceux qui sont censés être nos frères.
Ce qui a changé ?
La peur de ne plus être... et à force, oui, l'Ordre a sombré.
Mais quand un Haut Conseil est capable de fermé les yeux sur l'ignominie qui se joue, comment peut-il se prévaloir d'être le garant d'une intégrité qui lui fait défaut ?


Non, elle ne leur a pas encore pardonné de l'avoir laissé tomber quand elle fut Connétable de France. Ayant à porter seule tout le poids des décisions qu'ils ont pris en commun. Jetée sur la place publique, devant subir la haine et l’opprobre d'un peuple qui la croyait seule responsable de tous ses maux.
Lâchée... littéralement lâchée... alors qu'elle s'enfonçait inexorablement dans ces sables mouvants où elle allait se noyer, où elle allait tout perdre.
Tendant les mains, hurlant à l'aide. Et pour toute réponse... leur silence, leurs regards qui se détournent, et surtout... oui surtout... leur pseudo incompréhension et reproches sur le fait qu'après tout ça, la Sombre ait changé, se murant dans un mutisme et s'isolant d'eux.
Forcément, c'était elle la fautive !
Non, elle ne leur a pas pardonné, et comme elle l'a dit à plusieurs reprises au Papi Chevalier... jamais, jamais elle ne leur pardonnera, même si elle continu, aujourd'hui encore, à tant les aimer.


Fraternité...
Tu avais disparu depuis quelques mois quand j'ai intégré l'Ordre, et je ne crois pas avoir vraiment réellement connu cette fraternité dont tu parles. A travers la Pivoine oui, c'est pour cette raison que j'ai intégré la Licorne. Mais les autres... tous ces autres... non...
Juste un... devoir... qui s'est gangrené en politiquement correcte et a fini par faire crever le cœur même des idéaux que nous combattons.


Son regard anthracite brûlant tant il est froid.

Je vous préfère Adel, au moins, vous essayez de comprendre en décortiquant les choses. Au moins, vous acceptez et vous n'êtes pas... plus... polluée par ce devoir qui vous aveuglait et dont vous ne sembliez plus vraiment en comprendre le véritable sens.
Prise dans une spirale d'obligations, cette fraternité, ce lien qui est censé unir chaque Licorne... il a disparu.


Inspirant et soupirant profondément, elle reporta son attention sur son fils qu'elle appela d'un geste. Arrivant avec une démarche propre aux enfants de son âge, un mélange de funambule sur son fil et de clown totalement ivre, tenant dans ses deux mains bâton et pierre qu'il souhaite lancer dans l'eau, parce que c'est trop génial comme jeu.
Elle le réceptionna et l'assit sur ses jambes, caressant ses cheveux ébène. Le sourire du petit homme eu un effet presque magique sur sa génitrice qui fit tomber le masque glacial et lui offrit un sourire plein de tendresse.
Levant son regard sur Bess, elle le garda, et parla d'une voix bien plus chaleureuse.


Pour vous rassurer, non, vous n'êtes pas l'unique responsable de tout ça.
Nous le sommes tous, moi y compris.
Ces fous là, on confié un héritage atrocement lourd à porter. Le plus compliqué, c'est de bien s'entourer, de faire des choix, de prendre des décisions.
Vous avez fait ce qui vous semblait le plus juste, et le plus correcte.
Un jour, vous m'avez dit...

Un Roy a toujours raison, si la décision qu'il a prise s'avère mauvaise, c'est qu'il a mal été conseillé.

Il en va de même pour un Grand Maître de notre Ordre.
Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce qui a changé ?
Cette fraternité... cette défiance des membres qui a amené le HC à ne plus oser prendre de risque.
Être attentiste et subir. Se reposant sur l'exceptionnel passé de la Très Prestigieuse Licorne... comme si cela pouvait suffire...
Preuve en est, aujourd'hui, l'animal légendaire se meurt littéralement, n'arrivant plus à reprendre son souffle, trop engoncé dans les chaînes qu'il s'est lui même imposé.


Marquant une pause, elle déposa un baiser sur la tête de son petit homme et conclu avant de se taire.

Ce qui a changé... ?
Je crois que pour la première fois de son histoire, la Licorne a eu peur d'elle-même et de son pouvoir...
Ce qui a changé... ?
C'est que les guides se sont défiés de ceux qui devaient légitimement leur succéder.
Ce qui a changé... ?
L'ambition n'est plus collective mais personnelle... on n'avance plus d'un même pas...
Il n'y a plus... de chevalerie...


De nouveau, l'anthracite glisse sur son cadet qui se cale contre sa mère, crevé de la chevauchée, crevé d'avoir joué.
Et pendant tout son laïus déversant tout ce qu'elle avait dans le bide, la Sombre chercha autant que possible à éviter le regard noir de son mâle.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 01 Juil 2016, 14:00

--Rhuyzar. a écrit:
Son


Il connaissait ces mots, cette tristesse infinie qu'à lui elle ne cachait pas. Les secrets s'étaient bien vite dissipés face à la force des évidences. Et si, pour lui, la Licorne restait encore, quelque part dans ses souvenirs, une silhouette grandiose qui couvait et veillait un Royaume qui ne devait surtout pas en avoir conscience, il avait pu constater que tout avait changé. Que, presque rien, n'était resté.
Sans mot dire, il écouta, serrant le poing à chaque coup porté à ce qui avait été et ne serait plus, à moins d'un miracle. Porteur d'un héritage qui ne survivait plus qu'à travers une minorité d'entre eux, il avait du s'extraire des murs épais de Ryes pour poursuivre sa lutte sans fin. Ce qui, autrefois, figurait son refuge, un sanctuaire inviolable où, dans certains recoins sombres, se partageaient les secrets les plus noirs, n'était plus désormais qu'une coquille vide, revenue à l'état de gigantesque bâtisse de pierre, où régnait un silence terrifiant et malheureusement révélateur de la fin d'un Monde.

L'expression qu'il avait voulue la moins sévère possible, afin de ne pas effrayer cette femme qui ne le connaissait plus, se durcissait au fur et à mesure que sa Louve dressait le portrait d'un présent infâme et injurieux au regard du passé qu'ils avaient incarné. A sa manière, sans le savoir ni le reconnaitre jamais vraiment, elle le représentait aussi. Choisie par une Pivoine au jugement acéré qui, mieux que la plupart, savait ce qu'était une vraie Licorne, elle portait sur ses épaules le poids d'une vérité que tous lui refusaient. Au nom de la facilité, de la peur et de l'abandon.
Chevaliers désincarnés, ils se débattaient avec leurs limites et leurs illusions, rêvant petit, concevant minuscule, tandis qu'elle avait, sans réellement le planifier, suivi les traces de ces glorieux ancêtres dont elle disait souvent qu'elle aurait aimé les connaitre. Mais ces êtres s'étaient constitués, alors, en famille. Et chaque coup, chaque assaut porté contre l'un des leurs, recevait pour réponse la levée de tous ses Frères et la fureur d'une Chevalerie qui ne laissait, alors, personne se mettre en travers de sa route.

Architectes d'un Royaume, bâtisseurs d'une nation, ils avaient fait le lien entre tous, sillonnant le Royaume pour éviter les divisions, les complots, les intrigues et la chute. Ils avaient pactisé avec le Diable Romain pour mieux le réduire au silence et le cantonner à ses murs, leur laissant les miettes d'un Empire pour terrain de jeu tandis qu'ils se gardaient la France. Les Pairs, les Ducs, les Comtes, les Offices n'étaient rien lorsque leur assemblée prenait une décision. Présents partout, maîtres des fils et des marionnettes, ils façonnaient.


Nous le sommes tous.

Grave et profonde, sa voix avait percé le silence dans lequel baignaient ses réflexions interminables. Prêt à ce contrecoup de retrouvailles aussi étranges, il n'avait, malgré tout, pas pu l'éviter.
Les mois avaient passé depuis son retour, depuis ces nuits longues et cauchemardesques où celle qui avait croisé sa route l'avait aidé à lutter contre ces hordes de démons qui avaient élu domicile dans son esprit. Malgré tout, la guérison n'était pas complète. Elle ne le serait surement jamais, à moins qu'à son tour, il ne voit s'effacer tout ce qui l'avait forgé.


Hommes et mortels, nous avons commis les erreurs de notre espèce. Trop imparfaits pour cet idéal que nous avons voulu incarner, trop grand pour nous, trop destructeur, qui nous a tous brisés les uns après les autres, moi y compris.

Sa main glissa en direction de celle de son épouse, s'en empara sans guetter le moindre consentement et l'enserra tandis que ses mots fendaient la nature calme et paisible, que son regard brillait d'une colère qui ne se contenait que difficilement à l'évocation de ce sujet là.

Mais au moins nous avons essayé, nous avons combattu, et au prix de nos âmes nous avons fait en sorte que ce Royaume, que ces peuples, que cette vie perdurent et prospèrent. S'il n'a pas été présent partout, nous avons instillé notre idéal et la beauté de son action. Nous avons inspiré des hommes et des femmes, nous leurs avons permis de croire que le mal et ce que l'humain est capable de créer comme souffrance n'étaient pas les seules choses qui existaient dans ce Monde. Nous sommes morts pour qu'ils vivent. Nous avons marchés seuls pour qu'ils soient entourés. Parce que nous l'avions promis, et que nous savions que le jour où nous avons prononcé ces mots, notre vie ne nous appartenait plus.

Il marqua une pause, la mâchoire crispée, son torse déplié symbole de sa puissance d'antan, malgré la position assise.

Voila la Chevalerie Adel, voila ce qui a changé. Autrefois nous n'avons pas eu peur. Ni de la mort, ni de l'oubli. Nous avons été plus loin que tous ceux qui ont essayé parce que nous avons tout laissé derrière nous. Nous sommes devenus fous, indestructibles, uniquement portés par notre cause et notre but qui n'a jamais connu sa conclusion. Notre lutte était sans fin, elle l'est toujours. Excepté que ceux qui, aujourd'hui, prétendent à nous remplacer, refusent d'être ce que nous avons été. Ou n'en sont pas capables. Eux seuls le savent.

Il se relâcha légèrement, soupirant en promenant son regard sur le lac, la verdure qui le bordait, le calme qui s'en dégageait et la sérénité envahissante à qui la laissait venir et s'installer. L'étreinte de ses doigts se desserra et ses yeux glissèrent vers la Sombre. La colère s'était dissipée, aidée par la vue du Louveteau éreinté qui somnolait dans les bras de sa mère. Ses yeux avaient retrouvé la force tranquille du chef de meute, de celui qui veillait et protégeait avec tendresse et amour.

Vous avez été de cette espèce. Peut-être l'êtes-vous encore. Cette réponse là vous appartient. La Chevalerie ne tolère pas l'embrigadement. Mais ce qui est certain, c'est que cet héritage que vous avez reçu, vous avez au moins réussi à le transmettre à quelqu'un. Et pour cela, je ne vous remercierai jamais assez. Grâce à vous, et d'autres, elle a accompli bien plus que nous n'avons jamais fait. Car là où nous étions unis, elle fut seule et abandonnée. Et malgré cela, elle n'a pas cédé, elle n'a pas renié son serment et le sens de cette Licorne qu'elle peut arborer fièrement.

Un nouveau silence, sans quitter des yeux la femme assise à ses côtés.

Parce que c'est elle, je serai toujours là. A jamais...

Les derniers mots prononcés dans un murmure, il les laissa glisser dans cette nature qui les entourait, se fondre dans cette bulle qui ne se déchirait jamais, conscient plus que jamais d'une évidence dont il n'aurait jamais à connaitre la raison.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 01 Juil 2016, 14:01

Bess.scte.merveille a écrit:
C'est Karyaan qui prend la parole la première. Ainsi donc Adel est mieux que Bess ? Pourquoi ? Qu'a-t-elle fait ? Mais elle se retient de poser la question, il n'est pas question qu'elle assume les erreurs d'une autre...même de Bess.

Elle n'est pas Bess, elle ne l'est plus, peut être ne le sera-t-elle plus jamais, et peut-être même qu'elle ne souhaite pas le redevenir. Tout du moins à cet instant, alors que Karyaan reprend la parole sur un ton qui ne laisse aucun doute sur sa hargne.

Adel regarde cette autre qui s'expose, qui déballe sa haine et son ressentiment, qui met des mots sur une colère trop longtemps contenue. Elle ne comprend pas mais elle comprend, elle écoute sans se détourner, parce qu'elle est aussi là pour ça. Les insultes ne fusent pas mais ce n'est pas mieux. Et elle sourit en son fort intérieur, parce qu'enfin on la fait tomber de son piédestal cette Bess qu'elle n'est plus, cette autre elle. Celle qui a grandit avec son histoire et qui lui a volé la sienne.

Elle laisse la mère reprendre pied sur le présent, voir le bon et le doux alors qu'elle ne ressent que rancœur. Et les reproches reprennent, oh elle n'est pas dupe, le ton est moins virulent, le regard ne l'est plus du tout, mais ce sont toujours des reproches. Elle laisse la Cavalier s'épancher jusqu'à la fin, non parce qu'Adel en a besoin, mais parce que Karyaan en a besoin. Viscéralement besoin. Mettre des mots sur une défaite, car c'est de cela qu'il s'agit. Pas la sienne, pas la leur, celle d'une famille.

Celle d'un Ordre qui se meurt d'avoir trop existé, d'avoir trop grandit, d'avoir trop cherché la perfection là où elle est sans cesse mise à mal par l'homme, avec ce qu'il a de bon... et surtout ce qu'il a de mauvais.

« Il n'y a plus... de chevalerie...»

Ne restent que les larmes, l'amertume, le manque.

Tout est dit ou presque. Le Chevalier poursuit, parce qu'il n'y a pas que la fin, il n'y a pas que le début, il y a le tout. Lui aussi est plein de colère, mais elle n'a pas peur Adel, pas encore... cette nuit peut être, quand la lune prendra son quart, et veillera sur la nuit. Quand les ombres auront prit possession de tout, quand la moindre lueur d'une chandelle souffreteuse s'épuisera à se maintenir alors que l'obscurité tentera de tout recouvrir. Alors les cauchemars reviendront, les entraves, les -ses- cris, le sang, et enfin la terreur.

Mais pas maintenant. Elle est sereine ou presque. Elle écoute. Elle apprend. Elle entend. C'est l'histoire d'hommes bardés de bonnes intentions, et au final il ne reste rien. C'est l'histoire du monde, l'histoire des hommes.

Résignée ? Oui sans doute un peu. Fataliste ? bien sûr. Elle a eut le temps de réfléchir, sur le pourquoi du comment des choses, sur l'injustice d'une situation, sur la nature humaine. Surtout sur la nature humaine, certes à petit échelle, elle ne connaissait pas les méandres de la Royauté et de ses conseillers, des intrigues de couloirs.

Enfin Adel n'y connait rien, mais l'homme reste un homme, petit ou grand, riche ou pauvre. Le pouvoir, quelle qu'en soit l'échelle, corromps jusqu'à la moelle. Des bêtes pire que les bêtes. Et Bess n'avait été qu'un pion parmi d'autres, corrompue elle aussi ? peut-être. Elle seule le sait. Karyaan et Rhuyzar eux restaient des pions impuissants. Leur âme restait pure, mais dans un monde qui n'est que chaos à quoi cela menait-il ?

Elle ne commentera pas la peur. Qu'est ce qu'ils en connaissent de la peur ? Rien, ils ne savent pas, ils ne peuvent pas comprendre. Elle sait elle, elle connait, alors non sans doute qu'elle n'est plus de cette trempe. Elle n'a pas peur de mourir non ... mais elle a peur du noir maintenant, des ombres qui se meuvent dans la nuit, les


A petit feu...

Cauchemars.

Alors comment pourrait-elle "être" à nouveau ? Au moins elle a été. Si pas dans sa mémoire au moins dans celle des autres. C'est de toute manière tout ce qu'il lui reste. Et si elle n'a rendu que cette femme plus grande, pour cet homme, n'est ce pas déjà plus que ce que d'autres ont fait ? Et si au final tout cela était vain ? Qu'espère-t-elle à écouter ? tout ça ne lui apporte rien. Des regrets. Des envies de toujours en savoir plus, et comme aujourd'hui, de la honte.

Le Chevalier s'est tu lui aussi, sur une déclaration d'amour plutôt qu'autre chose. Elle en est troublée l'Adel, et détourne le regard. Elle ne sait pas ce qu'ils veulent, pourquoi sont-ils venus ? eux aussi espéraient une étincelle ? un retour à la normale ? une nouvelle Bess ? Elle se perd dans l'eau calme du lac. Elle n'est pas plus avancée qu'avant leur arrivée. Ils ont certes répondu à certaines questions, mais encore une fois ce n'est qu'une partie. Sans doute celle qui résume le mieux ce qu'elle était, ses ambitions, sa volonté, sa force, son charisme.

Et pourtant....


La véritable question elle ne peut la poser parce qu'ils ne peuvent y répondre. Elle seule pourra le faire. Quand ? Comment ? Tout ça ce ne sont que des histoires. Qu'elle comprend, qu'elle entend mais ça ne fait pas d'elle la Bess. Ca ne lui rend pas son moi, peut être le veut-elle pas en fin de compte ? peut être ne le peut-elle pas pour une raison obscure ? Alors à quoi tout cela rime au fond ? Elle ne sait pas, elle ne sait plus et elle est fatiguée.

Abandonner

Parce que c'est plus facile.


« Qu'est ce que vous attendez de moi ?  Je ne suis pas Bess... et je ne le serais peut être jamais pour ce que j'en sais. Et comme vous le sous entendiez ... peut être que cela vaut mieux.  Vous me racontez l'histoire d'une étrangère, une femme que je ne connais pas. Vous pourriez parler d'une autre que ce serait pareil pour moi.»

Elle en a assez. Ça ne rapporte rien, elle ne sait rien. Bess est morte, et chercher à la retrouver ne fait que remuer les souvenirs des autres ... pas les siens. Elle est fatiguée d'espérer en vain. De croire en une chimère. D'attendre alors que rien ne vient hormis les cauchemars dont elle se passerait bien

« A quoi vous attendiez-vous en venant ici ? »

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 01 Juil 2016, 14:01

Karyaan_ a écrit:
[In a cage...]*

Miousik

Tout semblait calme et serein en cette fin de matinée au rythme tranquille. Le monde se foutait bien de tout ce qui pouvait bousculer ces pions là qui s'agitaient dans une vie qu'ils n'ont, au final, jamais contrôlé.
Est-ce que tout ça en vaut la peine ? Ou ne sont-ils que des mouches se noyant dans un verre d'eau, condamnées quoi qu'il arrive.
Sont-ils de ceux qui abandonnent... ?
Malheureusement... non...

Alors que son mâle avait pris la parole, la Sombre évitait toujours soigneusement de le regarder, concentrée sur les caresses tendres du front de son cadet qui s'endort de grandir trop vite. Replaçant une mèche brune risquant de chatouiller son museau.
Parlant à l'unisson de ce qu'elle avait pu vomir, plus posé, il l'était. Emprunt de toute cette légitimité qu'elle n'aura jamais. Il était de ceux qui avaient fait la Licorne, il était de ces légendes là. Lui, il avait pu être, on lui avait donné sa chance, on avait cru en lui...

Non, elle garde ses yeux rivés sur la petite bouille endormie et sereine, cherchant à s'échapper loin de tout ça, pour ne pas que ça déborde de trop, pour tenter d'oublier ce foutu serpent immonde, poisseux, qui grouille au creux de ses tripes et y rampe. Prenant volume, s'enroulant et serrant à la nausée. Ce froid qui la prend quand elle passe la herse de Ryes, alors qu'autrefois, elle s'y sentait chez elle. Ce froid, même en plein zénith d'un été caniculaire, il vous vrille chaque parcelle de votre âme, rongeant tel un acide jusqu'à la plus petite poussière d'envie de continuer.

Seule la mort met fin au devoir... seule... la mort...

Elle ferma un bref instant les paupières, inspirant profondément pour revenir à l'instant présent, sauf que...

Son cœur manqua un battement et elle reporta son attention sur lui comme frappée par on ne sait quelle massue qui vous assomme. Ce n'était pas la première fois qu'elle entendait ces mots sortir de sa bouche, mais il s'était toujours gardé de les dire à d'autres qu'elle. Et à chaque fois, elle lui répliquait qu'il n'était pas objectif, et qu'il allait trop loin, que si elle était ce qu'il pense, elle ne serait pas là où elle est et elle aurait pu, peut-être, faire quelque chose... peut-être...
Sauf que là, il en fait état à d'autre et s'il y a bien un chose qu'elle ne maîtrise pas, c'est ce genre de moment où tel un funambule, on marche en équilibre précaire entre le sublime plaisir que se soit lui qui le dise, et l'intense honte d'être mise ainsi sur un piédestal alors qu'on ne le mérite clairement pas aux yeux de tous les autres.

C'est avec un incommensurable amour qu'elle regarde Adel/Bess qui, ô joie extrême... change de sujet !
Elle l'écoute, et après un bref silence, lui répond d'une voix douce, presque tendre.


A rien, hormis de vous voir de visu et de constater nous même que oui, vous étiez bien en vie, et à peu près en bonne santé.
Un besoin égoïste sans doute, afin de me déculpabiliser de vous avoir lâché et pas assez cherché.
Personnellement, je n'attends rien de vous. Le choix de votre retour au sein de l'ordre ne revient qu'à vous.
Pour ma part, vous êtes et resterez Licorne, vous êtes et resterez ma sœur, vous êtes et resterez ce Grand Maître qui m'a fait confiance et qui m'a appris beaucoup.
Je ne suis pas venue en espérant que vous m'offrirez réponse ou retour tel un phœnix miraculeux et sauveur, prête à résoudre tous nos problèmes afin de retrouver ce que nous avons perdu.
Je suis venue pour vous aider, si vous en avez le besoin. Vous dire simplement que vous n'êtes pas seule. Qu'au delà d'une famille que vous avez retrouvé très certainement et qui vous entoure déjà, vous avez aussi un frère, et une sœur qui donneront leur vie, pour la votre.
Comme je vous ai dit il y a quelques minutes, la vie est un immense puzzle et le votre est tombé de son cadre, se fracassant au sol, bon nombre de pièces sont allées se planquer de ci, de là. Nous sommes porteurs de certaines d'entre elles.
Prenez ce qui vous sied, abandonnez ce que vous ne voulez plus. Il n'en restera pas moins que nous, nous sommes et resterons toujours présents, quelques soient vos choix.


Elle se tut un bref instant et dans un souffle

Plus jamais... plus jamais je ne vous lâcherais...

---

*Dans une cage...

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Ven 01 Juil 2016, 14:01

--Rhuyzar. a écrit:
Son




Pas seule, non, même s'il vous est difficile d'en avoir conscience...

Les mots s'étaient extraits de sa bouche sans crier gare, sans prévenir ou lui laisser le temps de la réflexion. Il les avait prononcés comme on respire, comme un réflexe induit par une nature si profondément ancré qu'elle ne supportait, de toute manière, pas la moindre contradiction.

C'était un peu sa conclusion, le fin mot de tout et la réponse à toutes les questions, aussi infinies soient-elles. Savoir était une chose, mais constater physiquement qu'elle avait effectivement perdu la mémoire et se déplaçait dans une nappe de brouillard qu'elle ne parvenait pas à déchirer imprimait cette réalité qui se passait de leur avis et de leur volonté de la transformer. Ils pouvaient répondre à ses questions, lui raconter autant d'histoires que possible, lui transmettre ce savoir, cette connaissance du passé, l'abreuver, l'inonder même, de ce qu'elle avait été, de ce qu'elle avait vécu, mais c'était elle qui devait rassembler les pièces du puzzle, les remettre en ordre, provoquer les déclics ou les laisser s'éloigner pour poursuivre une route dont elle était la seule à pouvoir décider.

Une fois encore, ils ne pouvaient qu'observer la rivière se mouvoir dans son lit et se tenir sur la rive, présents, part de la scène, acteurs à leur manière, mais avec leurs limites et celles dictées par la Vie. Exercice difficile pour un homme qui avait fait et défait, décidé au nom des autres, pour eux et contre eux, qui avait contrôlé, régi, promu, déchu, tenu les fils et les avait maniés, peut-être au nom d'un but, mais toujours de sa propre volonté. Une nouvelle épreuve se dressait devant lui, une épreuve pour laquelle la femme qui se tenait à ses côtés l'avait armé. Elle lui avait appris à accepter, à se battre mais à maitriser une autre forme de combat, plus longue, lui permettant de conserver ses forces pour ces instants où le destin refuse de choisir et laisse la porte ouverte à la décision.

Et c'était face à ce genre de situation que ce qu'elle lui avait montré prenait tout son sens. Ils n'étaient pas décideurs, malgré leur désir profond de retrouver celle qu'ils avaient connue. C'était toujours elle, mais autre, marquée par la vie et ses méandres, s'adaptant et s'armant face aux souffrances qu'elle avait pu connaitre. Elle figurait la preuve du respect qu'ils avaient pu avoir à son égard. Elle ne s'était pas écroulée, elle avait survécu. Causes et conséquences.

Ses doigts, dans un mouvement lent et posé, glissèrent en direction des cheveux de Nemed qui s'accrochait à sa mère, autant qu'elle s'accrochait à lui. Son âge, la vie, l'innocence qui se dégageaient de lui, incitaient au calme et à la tendresse. Lui aussi il l'aimait. Différemment, mais sans le moindre calcul également.


Nous sommes là pour vous Adel. Parce que nous vous avons connue et qu'ainsi sont les choses. Vous êtes vous malgré tout, malgré que vous l'ignoriez. Et nous sommes là parce que c'est notre rôle. Pour vos questions, vos doutes. Vos choix vous appartiennent mais le passé ne s'efface pas d'un trait qu'on tire sur un parchemin. Nous l'avons amené avec nous, et nous vous donnerons ce que vous désirez récupérer.

La main reprit celle de la Louve et un voile de tristesse passa, l'espace d'un fugace instant, sur le regard du mâle, avant qu'il ne retrouve sa contenance, sa sévérité naturelle et la force sereine qui se dégageait de ses traits. Une fois de plus, la vie l'amenait à constater le destin d'un être qui avait mis le pied sur le même chemin que lui. Il voyait les ravages, les blessures et ce poids, cette culpabilité qu'il avait trop longtemps portée, qu'il portait encore parfois. Lui s'en était sorti, avait surmonté et vaincu, partiellement, cette destinée maudite des Chevaliers. Etait-ce de son fait ? Etait-ce écrit ? Une chose était certaine, les réflexions ne s'éteindraient pas avant un moment.

Voila ce que nous nous attendions à trouver. Notre Soeur. Et vous êtes là. A vous de savoir, maintenant, que vous n'êtes pas seule. Il vous faut avancer, mais le faire seule n'est pas une obligation.

Et tandis qu'il allait ajouter quelque chose, sa voix se brisa, et les derniers mots qui s'échappèrent de ses lèvres furent prononcés dans un souffle, à peine audible. Fait inhabituel pour lui, qui révélait toute l'émotion qui entourait un sujet aussi sensible.

Trop des nôtres sont partis seuls...

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Dim 03 Juil 2016, 01:20

Citation :
Elle en rirait presque. «Vous êtes en vie». Qu'est ce qu'ils en savent ? qu'est ce qu'ils comprennent, peuvent-ils seulement comprendre ? En vie ? Mais c'est quoi la vie si ce n'est apprendre, tomber et se relever, comprendre et poursuivre, aimer, haïr, se battre et abandonner pour mieux recommencer. C'est vivre sur son passé pour mieux construire son avenir, c'est se lever le matin et savoir qui on est et ce qu'on veut faire. C'est «être» tout simplement.

Elle retient la remarque cinglante... après tout qu'est ce qu'ils y peuvent ? S'il est une chose qu'elle a comprise c'est que dans cette histoire elle est la seule responsable. Elle avait peut être une bonne raison, ou pas, seule Bess le sait. Elle était au mauvais endroit au

Tu va crever Chienne !

mauvais moment et que son comportement n'a pas aider à ce qu'on s'inquiète et à ce qu'on la cherche.

Elle ne peut pas leur en vouloir. Ils sont là.

Adel remonte les genoux sous ses jupes, et les ceint de ses bras, quittant du regard ce couple à l'enfant, qui pue l'amour à des lieues, et écoute Karyaan expliquer qu'ils n'ont pas l'intention de repartir pour l'oublier. Pas d'abandon. Pas cette fois. Passons le coup du phœnix, les légendes ne sont faites que pour être écoutées, et Bess est loin d'en être une.  Quand à la famille... elle n'est pas vraiment la sienne. Le cousin d'un époux mort depuis des lustres, qui lui sert de seul lien ou ce qui y ressemble. Ils sont tous plus adorables les uns que les autres, ravis de retrouver leur Bess... mais aucun d'entre eux ne s'est rendu compte que Bess n'est pas tout à fait là.

Le Lac. Encore et toujours lui. Pourquoi l'attire-t-il autant ? comment peut-elle y puiser force et sérénité ? Son calme sans doute, et la vie qu'il génère autour de lui, totalement détaché des désirs des êtres vivants qui le côtoient, il y pourvoit pourtant. Un calme apparent et une vie qui grouille pourtant tout autour. Il n'est nullement dérangé par les échanges qui se déroulent. Il se fout de la peine, de la haine, de l'horreur ou des sentiments. Il existe simplement, aveugle et sourd et pourtant si présent et essentiel.

Elle écoute toujours Karyaan, attentive. Elle n'est pas certaine de vouloir les rejoindre, même si la quête est noble, elle est trop grande, preuve en est son propre échec aux yeux de la Cavalier. Et puis le tableau qu'ils en peignent ne laisse que peu d'espoir à un avenir possible. La chute est bien engagée, et le monde actuel n'aidera en rien une tâche si ardue. En est-elle même capable ? Rien n'est moins sûr.

Et de toute manière ça n'est pas ce qu'ils attendent.


«Plus jamais... plus jamais je ne vous lâcherais... »

Les sourcils se froncent tandis qu'Adel, surprise se tourne vers la jeune femme qui vient de parler. Surprise que Karyaan s'imagine qu'elle se soit sentie abandonnée.

Enfin oui bien sûr c'est arrivé, cela lui arrivait encore parfois. Non ça lui arrivait toujours après ses cauchemars, quand elle cherchait des responsables. Mais elle écoute, elle est une élève attentive en recherche de savoir. Elle commence à la connaître cette Bess, sûre d'elle, meneuse incontestée qui avait su se faire obéir mais aussi et surtout respecter, elle le voyait encore dans le regard de ceux qui avaient été sous ses ordres ici même en Limousin. Des années après ils continuaient à marquer ce respect envers Adel.  Alors s'il est une chose qu'elle sait c'est que personne ne l'avait forcée à se trouver où elle était quand

Mais avant on va s'amuser...

c'est arrivé. Elle était seule pour une raison évidente. Trop sûre d'elle, trop fière sans doute, et peut être assez idiote pour s'imaginer gagner seule contre n'importe qui. Elle avait perdu.

Le Chevalier prit enfin la parole. Ajoutant sa pierre à l'édifice. Essayant de renouer ce lien que tous trois ont perdu lorsqu'elle était


Morte

Partie. Ils étaient venus la retrouver, qui qu'elle soit, où qu'elle soit, et quelle qu'elle soit. Et alors qu'Adel le fixe en silence, l'écoutant et l'observant, elle s’aperçoit qu'ils agissent comme l'ont fait Dhea et Alda, sans se poser de question. Comme le ferait une famille.

Alors non elle n'était pas seule. Pas tout à fait, ils ne pouvaient tout comprendre, encore moins la comprendre elle, mais ils feraient avec, parce que c'est ce qu'on fait avec la famille. On la prend comme elle est, avec ses bons et ses mauvais côtés, ses bons et ses mauvais sentiments. Pouvait-elle faire de même ? Les accepter pour ce qu'ils étaient, pour ce qu'ils lui offraient ?

Mais qu'avait-elle à offrir en retour ? Une mémoire défaillante, des cauchemars qui la poursuivraient sans doute à jamais, s'éveillant chaque fois qu'elle s'approche un tant soit peu de quelque chose de tangible, un souvenir fugace, un murmure perçu, une ombre qu'elle croit reconnaître, une voix qu'elle sait avoir déjà entendu. Alors le soir venu, quand tout était calme elle prenait le temps de chercher, de forcer son esprit à retrouver ce qui la liait à ces moments volés. Elle s'endormait alors l'esprit confus, ne sachant plus faire la part entre ses désirs et la réalité, et invariablement la terreur envahissaient ses rêves.  

Elle en avait conscience, et chaque matin elle se promettait de ne plus essayer, et chaque soir, l'espoir lui faisait oublier à quel point ce serait insupportable. Un cercle vicieux qu'elle ne pouvait contrôler. Et cette éprouvante conversation ne ferait pas exception à la règle. Ce soir, une fois seule elle se remémorerait la scène, dans un espoir sans doute vain. L'abandon n'était que provisoire et éphémère, Adel tout comme Bess ne sont pas de celles qui abandonnent.


«Trop des nôtres sont partis seuls...»

Nouveau froncement de sourcils d'Adel. Des regrets. Ainsi donc elle serait une nouvelle victime selon lui ? Pas au sens où il l'entend non ...

Elle n'était pas obligée de faire ce chemin seule mais ils ne pouvaient comprendre et elle n'était pas certaine de vouloir leur expliquer. Les marques parlaient d'elles mêmes mais étaient-ils capable d'en mesurer l'étendue émotionnelle. Une partie de Bess était morte à jamais ce jour là, il ne lui restait qu'à trouver quelle partie, et peut être est-ce à leur côté qu'elle le découvrirait.


« Ne croyez pas que je n'avance pas... j'avance, je me ... refais une place, pas celle que Bess avait c'est un fait. Mais...»

Expliquer était beaucoup moins évident qu'on se l'imagine. Elle ressert les bras autour de ses genoux, retenant un nouveau frisson, et reporte les yeux sur le lac. Y puiser force et sérénité. Comment expliquer sans aller trop loin ? sans trop en dire ?

« Quelle que chose est cassé. Une part de Bess est morte, et je ne pense pas être en mesure de supporter qu'elle revive. Je ne suis pas en mesure de vous raconter ce qui est arrivé, je ne sais pas comment c'est arrivé, ni par qui, ni pourquoi. C'est arrivé, et une partie de moi est ... »

crevée

« a disparue avec ma mémoire.»

Un rictus de dégoût, un frisson qu'elle ne peut réprimer cette fois. Elle se tourne vers le couple, et les regarde dans les yeux, chacun leur tour, leur faire comprendre, leur faire entendre, qu'ils sachent la terreur qui sourdait chaque matin.

« Je peux avancer, je veux avancer mais c'est un combat, un véritable combat chaque jour. Et parfois oui j'abandonne... pas parce que je suis seule. Juste parce que c'est trop terrifiant et douloureux. Si vous êtes prêts à comprendre cela, et accepter que cela ne cesse jamais, alors oui je veux bien de votre aide. »

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Jeu 27 Oct 2016, 11:30

--Rhuyzar. a écrit:
Il pourrait lui dire tout ce qu'il a lui-même traversé, lui raconter sa vie qu'elle ne connaissait que par bribes, même du temps où sa mémoire était encore à sa place, bien au chaud dans son esprit, et qu'elle portait ce symbole, cette Chevalerie, qui n'est plus pour elle qu'un lointain souvenir. Il pourrait lui expliquer sa mort, sa disparition, son exil nécessaire loin, si loin... Toutes ces disparitions qu'il n'avait pu ni prévoir ni savoir, trop occupé à lutter avec lui-même, avec l'essence même de son existence, son instinct de survie et son désir que tout s'arrête. Il pourrait lui dire son retour, son espoir, brisé, face à ce Monde qui avait trop changé, qui exigeait de lui qu'il soit un autre malgré tout le sang versé. Il pourrait lui affirmer qu'il comprend, qu'il ne jugera et ne condamnera pas ces choix et ces décisions, parce qu'il sait que l'Homme s'adapte à ce que la nature impose et que la vie n'a rien d'une immuabilité bornée.

Il pourrait, aussi, lui parler de l'espoir, de la chance, d'une évidence inattendue qui s'est imposée subitement et a achevé, sans demander la permission, cette résurrection entamée dans ces lointaines terres de l'est, où les chevaux paissent libres et où le droit d'être se conquiert à la force du bras.

Il pourrait, oui, imposer son histoire comme un témoignage inébranlable, comme il le fait parfois lorsqu'on tente de lui faire accepter des vérités qui n'en sont pas, ou de lui expliquer ce Monde qu'il a trop façonné de ses mains pour ne pas en connaitre la nature véritable. Quand on réécrit des choses qu'il a lui-même vécues, qu'on arrange des faits, qu'on déforme ce qui a été pour le mettre au service de ce qui est. A ce moment là il se dresse, déployant cette carrure d'homme qui a traversé un âge et en figure la mémoire au-delà des désirs et des hypocrisies.

Mais cette fois c'est différent. Ce qu'elle a vécu lui appartient. Ce qui l'a meurtrie a insinué dans ses veines le poison du doute et de l'interrogation permanente. S'ils sont venus, c'est pour être là, tendre une main en espérant qu'elle la saisisse, car c'est la seule manière qu'ils ont de l'aider sans lui faire violence. Lui dire ce qu'ils peuvent, attendre les bonnes questions pour donner les réponses qui leur brulent les lèvres et trépignent de ne pouvoir s'extirper du lourd carcan du secret nécessaire. Elle seule peut se laisser porter par le courant, accepter ses blessures pour se résoudre à les soigner.

C'est cette voie qu'il a empruntée, quand il a pénétré dans ce camp militaire, qu'il a croisé un garçon qui est venu chuter sur sa jambe et que sa mère est apparue pour le récupérer. Elle savait. Lui pas. Pour autant, elle n'a pas forcé le temps, l'a laissé faire son oeuvre et s'est contentée d'une présence qu'il a fini par réclamer. Alors, ensemble, ils ont lutté contre ces démons qui hantaient ses nuits, lui volaient son sommeil, sa puissance, bridaient sa nature et limitaient ses talents. Ce qu'elle a accepté, serait, pour beaucoup, au-delà de l'imaginable et du raisonnable. Ce doute-là, aussi, est venu se joindre à la danse macabre qui occupait son esprit. Jusqu'à ce qu'il comprenne, que l'évidence prenne forme, et qu'il sache, que ce qu'elle endurait était de sa propre volonté.

Et c'est en acceptant cette main tendue, en ouvrant les yeux sur ce qui la poussait à souffrir à ses côtés, qu'il s'extirpa des Enfers dans un hurlement lupin propre à glacer le sang.

Observant Bess, il voyait ses limites, et les leurs. Ces remparts dressés qu'ils ne pourraient franchir qu'avec son accord, le jour où, peut-être, la lumière percerait et l'éclairerait, lui offrirait le moyen de savoir que son ignorance n'avait rien de honteux ou de criminel et qu'elle existait toujours, malgré cela.

Ses doigts voyageurs passèrent dans la tignasse du Louveteau somnolant avant de glisser sur la main de la Louve qui le maintenait fermement contre son flanc. L'espace d'un instant, il se demanda ce que pouvait renvoyer à Adel cette image d'une famille visiblement unie, sereine, cet enfant sans d'autres soucis que ceux propres à son âge, à ses jeux. Etranger en ces terres, il avait découvert ces joies, ces plaisirs simples et bienfaisants qui l'ancraient dans ce présent qu'il avait tellement désiré que l'obtenir avait été une lutte sans merci.


Il n'est pas possible d'abandonner Adel. Marquer une pause, oui. Respirer, attendre, dormir, ne pas vouloir durant une seconde fugitive. Trébucher... je l'ai fait mille fois. Mais il faut ensuite se relever, et continuer. Autrement c'est la fin, et elle sera pleine de regrets...

Sa voix grave avait diminué d'un ton en prononçant ces mots. Son air sévère était devenu pensif, comme absorbé par des images défilant ses yeux. Sa main se referma sur celle de la Sombre, cherchant visiblement la manifestation du lien qui se faisait plus ténu face à cette situation aux répercussions multiples. Ses doigts fins dans les siens, son timbre retrouva en vigueur ce que son regard retrouva en lueur.

Mais comprendre et accepter est le ciment de tout. Si nous n'en étions pas capables, nous ne serions pas ici aujourd'hui, avec vous. Ignorant qui vous seriez, nous sommes venus quand même. Vous pouvez y voir un oui. C'est le seul mot qui convient.

Il sourit doucement. Ici, au bord de l'eau, ils ne donnaient à voir que trois personnes assises, discutant au milieu de la nature verdoyante, profitant de la fraicheur ombragée des arbres. Et pourtant, ce qui se jouait dépassait l'image. Une habitude, curieuse, qui n'avait pas disparu avec le temps. Les fils se voyaient toujours mieux dans les ombres.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Jeu 27 Oct 2016, 11:30

--Karyaan_ a écrit:
Au fil d'une vie...

Elle les écoutait. En arrière font, le lac aux clapotis immuables et sereins, tellement sereins. Ils sont comme un battement de coeur, celui de la vie dans ce qu'elle a de plus pure, de plus brutale aussi finalement.
L'humain est bien le seul animal à s'exciter pour des choses futiles qu'il considère lui même comme essentielles.
La mémoire... les souvenirs... une carrière...
Quel intérêt pour cette neppe qui glisse sur le fil de l'eau ?
Quelle importance pour ce brochet qui saut plus loin, attrapant sans nul doute sa proie bien moins rapide, bien moins vive ?
L'humain... cet animal qui ne se sent en vie que s'il se fait du mal... Que s'il s'invente des priorités vitales qui font qu'il est... si si, il est... mais quoi au final ?

Elle les écoute et sourit tendrement, s'abreuvant de l'image de son petit homme endormi, bercé par les battements du cœur de sa génitrice. Elle sourit, alors que son père effleure son visage, replaçant une mèche. Elle se ressource de ces petites choses qui pour d'autres sont si... banales ?...
Elle qui a marché si longtemps seule, portant plus qu'elle ne le pouvait réellement, et porte encore finalement.
Ces petits gestes là... ces petits riens sont comme des déferlantes d'énergies vitales, une vague hallucinante de bien être. Parce qu'ils sont justes sincères, juste... parfaits...

Trois êtres, assis sur la grève d'un lac comme pour un pic-nique.
Trois âmes déchirées chacune à leur manière.
Parce qu'il y a des vies qui vous strient la peau comme la plume griffonne et marque à jamais un parchemin tissé.
Et puis il y en a d'autres qui vous marquent l'âme et vous la scarifient, n'y laissant que lambeaux au goût de sang et de cendre.
Pour l'une ou l'autre, le plus grand des combats n'est pas d'encaisser... parce qu'au final, on n'encaisse jamais vraiment. Du moins, pas sans dommage, pas sans perte, pas sans douleur. Non, le plus grand combat est de réussir, malgré tout à relever le museau, retrouver au fond de soi ce souffle perdu, et se redresser chancelant parfois, mais debout.
Le plus grand combat est d'oser regarder cette foutue vie, cette rivière qui nous emportera inexorablement, et oser... oser à nouveau y plonger.
Yeux fermés, faisant confiance à tout ce qu'il adviendra. Oser se laisser porter et accepter qu'au final, on ne maîtrise rien.

"Vous êtes en vie"... qu'en savent-ils ?
Si elle savait l'Adel... même Bess ne savait pas vraiment.
Si elle savait comme elle l'envie de cette amnésie.
Elle qui s'interdit de dormir parce qu'elle ne supporte pas le retour au monde réel.
Un peu comme un apnéiste qui descend et se laisse griser par les grands fonds, y retrouvant cette sérénité, un bien être sans égal, mais à qui on impose de remonter à la surface. L'arrachant à ce monde de silence, de paix où tout est possible... tout...
Et ce retour à la réalité est juste trop brutal. Ce premier souffle a le goût immonde du souvenir. De ces cris de joie d'une foule hystérique, de ce goût de chair brûlée, de ce regard fou de douleur et de cet autre visage tétanisé par l'impuissance et la souffrance insoutenable d'être le spectateur de tout un monde qui s'enflamme.
Ce premier souffle... qui au final, vous le coupe.
Par tous les dieux oui... qu'elle l'envie d'être amputée de cette mémoire qui est pour la Sombre ses plus profondes cicatrices.


Je vous rassure, jamais nous ne vous demanderons ce qui est arrivé. Vous nous le direz peut-être un jour, si vous en éprouvez le besoin.

Son regard avait glissé de son mâle à la brune. Sa voix restait posée, douce, emprunte d'une bienveillance qu'elle ne réservait qu'à ceux qu'elle considérait comme des amis... ceux de sa famille.

Abandonner... certainement pas.
Parce que vous êtes du même bois que nous. Nous avons été taillé par la vie à grands coup de burins. Nous sommes bien placés pour vous comprendre oui et accepter que jamais cela ne cesse.
Parce que ça ne cessera pas...


De nouveau, elle lui sourit tendrement.

Abandonner... jamais plus.
Parce que nous marchons sur des chemins parallèles et autant nous que vous... sommes les piliers de nos vies.
Vous faites partie de la mienne... et j'ai besoin de vous. Pas de ce que vous fûtes, mais de celle que vous êtes aujourd'hui et serez demain.
J'ai besoin de vos rires, de votre regard sur la vie, de vos conseils... encore... de vos ronchonnements, de ce tout qui fait que malgré toutes nos différences, vous avez une place immense dans ma vie...


Sa voix s'étrangle légèrement, parce que ce genre de choses, la Sombre, elle les dit rarement, ne s'exposant jamais. Parce que quand on ne contrôle pas les déferlantes d'émotions qui vous vrillent le bide, ben vous les enveloppez dans un écrin de pudeur qui fini, au fil des années par se cristalliser en un cœur que beaucoup considèrent comme mort... ou vide...

Cette part de Bess que vous dites morte ne l'est pas... je pense qu'au contraire, cette amnésie a brisé des barrières que vous vous étiez imposé par devoir. Cette part là n'est pas morte, elle revit... et elle a pour nom Adel.
Alors n'ayez pas peur de ces souvenirs perdus qui reviendront peut-être un jour. Ils ne changeront pas ce que vous êtes devenue aujourd'hui, ils vous enrichiront peut-être, mais ne vous feront pas retourner vers cet autre dans laquelle vous ne vous retrouvez pas.
Nourrissez vous de nous, de ceux qui vous parlent de vous... et prenez, jetez, façonnez vous comme un sculpteur l'argile.
De toute façon, ce qui importe ce n'est pas le modèle qui se dessinera de votre modelage mais la matière brute qui est ce que vous êtes dans toute sa beauté.


Un clin d’œil et de nouveau un sourire sincère.

Allez... dites nous comment pouvons nous vous aider ?
Je vois que vous mettez des robes à présent, elle vous va bien.
Avez vous des besoins particuliers ? Des questions... ?
On a su que deux du Haut Conseil étaient venus vous trouver. Souhaitez vous en parler ?


Elle fini par se taire et se cala contre son mâle histoire d'être plus confortable, et accessoirement s'envelopper de son énergie.
Poupées gigognes, l'enfant dans les bras de sa mère, la mère dans ceux du père, le père auréolé de cette bulle qu'ils forment ensemble.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Jeu 27 Oct 2016, 11:30

Bess.scte.merveille a écrit:
Elle a les yeux toujours fixés sur eux, attendant une réponse, que la main tendue ne s'échappe pas, qu'ils sachent vers quoi ils s'engagent. Elle passe de l'un à l'autre, cherchant dans leur regard.

Le silence, elle hésite. Peut être que tout compte fait ce n'est pas le bon moment, ce ne sont pas les bonnes personnes. Mais le silence ne dure pas, une main glissée sur la tignasse d'un bambin qui n'a rien demandé à personne et se contrefout des affaires des grands, grandir est déjà tellement plus amusant, puis la demande de soutien ou de force en saisissant la main de son autre, c'est le Chevalier qui répond le premier, et son autre qui renchérit.

L'abandon est une option, quoi qu'ils en disent, quoi qu'ils en pensent, mais ils ont raison sur un point, elle n'est pas certaine d'abandonner un jour, question de tempérament peut être... ou cette part de Bess qu'il lui reste, elle ne conçoit pas de continuer sans savoir, sans comprendre. Si seulement la terreur n'était pas une compagne de ces souvenirs. Peut être avec le temps, le soutien, l'aide qu'on pourra lui apporter.

Peut-être.

Son regard dérive à nouveau vers le lac, les écoutant l'un et l'autre, pas certaine d'avoir le courage qu'ils demandent, et encore moins celui nécessaire pour braver son épouvante à l'idée même de revivre cette nuit ... et la prochaine et celle d’après. La rencontre d'aujourd'hui aurait des répercutions. C'était couru d'avance, peut être qu'elle pourrait s'occuper de la milice. Un comble me direz-vous... paniquée à la simple pensée de dormir seule parmi les ombres, plutôt qu'à patrouiller dans la ville ou sur les remparts. C'est avec surprise qu'elle tourne à nouveau la tête pour regarder Karyaan.


«vous avez une place immense dans ma vie... »

Les sourcils se froncent, elle est plus attentive, oui elle est Adel, mais elle est aussi Bess quelque part. Brisé des barrières ? C'est maintenant qu'elle a des barrières, des chaines qui la maintiennent dans un état de léthargie, ne sachant quoi faire ni où aller. L'enrichissement ? peut-être oui, ou peut être qu'ils ne feront qu'annihiler ce qu'il lui reste d'esprit. Elle hausse les épaules toute à ses réflexions, alors que c'est un sourire qui éclaire le visage de Karyaan, un véritable sourire qui la métamorphose. S'en rend-elle compte ? Non sans doute que non.

Bess Adel hoche la tête avec un léger sourire, effectivement elle porte des robes, Karyaan n'est pas la première à lui faire remarquer, même si elle ne se voit pas porter de braies ce n'était pas le cas de Bess tout court, qui à l'inverse ne porter des robes que lorsqu'elle y était obligé, par convenance. Des braies... nan mais j'vous jure.


«Il semble que ce soit un grand changement à ce que j'ai compris, bien que je ne comprenne pas l'attrait des braies... sans vouloir vous offenser.»

Elle secoue la tête à la question des besoins. Non elle n'a besoin de rien, elle s'est prise en main, elle a encore du travail à faire, mais elle avance, petit à petit. Quand aux questions, oui elle en a, une au moins, en rapport direct avec le Haut Conseil justement. Ça fait des jours qu'elle y pense, et elle n'a toujours pas trouvé de réponse adéquate.

«Effectivement... "on" est venu me parler... où plutôt m'invectiver. Apparemment ils ne sont pas heureux de mon retour.... eux. Votre Grand Maistre. Quand à l'autre... »

Haussement d'épaule, sans doute étaient-ils au courant de la liaison qu'entretenait son ex mari.

«Elle voulait s'excuser je crois, ou je ne sais pas trop, enfin surtout me dire que c'est mon absence qui a fait que...»

Elle inspire profondément, et détourne les yeux.

«Votre Grand Maistre n'a fait que s'emporter et je ne sais même pas pourquoi. Je suis, selon lui, la responsable du déclin de vo....notre Licorne. Vous dites que je suis celle que je suis aujourd'hui, mais je ne peux pas lui répondre sans savoir pourquoi. J'ai beau chercher dans ma tête, je n'y trouve que du sang et des larmes.»

Le sang et les larmes de terreur d'un Chevalier à la merci d'assassins. Était-elle encore ce Chevalier ? Elle avait survécu oui, mais à quel prix ? Un corps massacré. Une mémoire défaillante.

«Ils m'ont demandé ce que j'allais faire... mais je n'ai pas su quoi leur répondre. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais même pas qui je suis réellement. Ils m'ont donné du temps... pour me décider. Mais comment je me décide ? Que dois-je faire ? Je peux expliquer mon absence, mais je ne peux pas l'excuser. »

Aller à Ryes ? demander le pardon ? de qui ? pourquoi ? Reprendre la place qui était sienne ? Etait-elle toujours cette femme faite Chevalier ? Son regard se reporte sur ses compagnons d'un jour, ce frère et cette sœur tombés du ciel, là uniquement pour elle.

«Que dois-je faire ? c'est ça ma question.»

Que devait-elle faire avec ce passé qui la rattrape malgré tout ?

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Jeu 27 Oct 2016, 11:31

--Rhuyzar. a écrit:
No End No Beginning



Les questions finissaient par venir, le doute par s'exprimer avec plus de clarté et moins de détours. Comme un feu qui prenait peu à peu, marquant son départ des flammèches nées des brindilles craquantes et sèches, venant lécher le contour de la lourde buche qui l'alimenterait et permettrait sa croissance et sa durée. Les choses n'étaient jamais très différentes, à l'instar des couleurs qui se nuançaient simplement les unes les autres. Sous la couche de la différence qui renvoyait l'image d'un fossé, se cachait en réalité une ressemblance profonde, une passerelle que seuls le temps et la patience permettaient de faire apparaitre afin de pouvoir l'emprunter.
Etait-ce le temps passé à lui parler ? A lui expliquer simplement qu'ils étaient là sans désir particulier autre que celui de la voir telle qu'elle était ? A prendre le contrepieds d'un monde qui refusait trop souvent d'accepter la réalité brute des choses ? Ou était-ce la succession des mots ? Les confessions qui avaient fini par s'extraire de leurs bouches ?
Elle avait fini par laisser échapper cette question, cette demande, un morceau de ce qui occupait son esprit et de ce qu'elle avait à résoudre. Une porte s'était ouverte doucement, qu'il leur était possible d'emprunter. Nul besoin d'une mise au point ou d'une réflexion commune. Le Loup et sa Louve se ressemblaient trop pour ne pas savoir comment aborder cette nouvelle ascension.

Le Louveteau, bien loin, à son âge, de ces épineuses considérations, s'était calé dans les bras de sa mère qui, à son tour, se cala dans ceux du mâle qui veillait paisiblement. L'esprit de meute provoquait ces instants de naturel implacable. Habitués aux coups, à la violence et au rejet, il était rare qu'ils se laissent aller, en public, à la démonstration du lien qui s'était imposé entre eux, renforcé avec le temps. Ils n'avaient pas besoin de parler pour se dire. Pas besoin de se regarder pour s'entendre. Et cette nature profonde de leur lien leur appartenait. Ils le conservaient jalousement pour ne le vivre que lorsqu'il pouvait s'exprimer pleinement. La conséquence logique de l'union de deux êtres pour qui la demi-mesure prenait des allures de négation et d'inacceptable.

Son bras s'enroula autour du corps fin de son épouse, ajoutant à la solidité de son torse le rempart de son étreinte. Protecteur et aux aguets, son visage était serein, ses traits détendus, une nuance difficile à cerner à travers les cicatrices et l'acier de son regard qui ne disparaissait jamais vraiment. Il laissa passer un silence, porté par le léger souffle d'air qui les accompagnait, jusqu'à ce que, s'étant éloigné, il estima que sa voix grave et profonde pouvait lui succéder.


Notre Grand Maître et ceux qui siègent avec lui au Haut Conseil se débattent avec leur propre situation. Ils font face à un échec trop imposant pour leurs esprits et leurs coeurs. Et c'est pour cette raison, je pense, qu'ils ont réagi de cette manière avec vous. Ils cherchent des coupables, pour s'innocenter. Vous n'êtes pas la première Adel.

Un voile d'ombre passa devant ses yeux et, l'espace d'un instant, sa senestre aux trois doigts manquants se crispa, faisant crisser le cuir qui recouvrait les deux extrémités restantes et qui cachait les marques de cette perte. Un instant de colère et de rage qui se dissipa pour retourner se nicher dans ce coin de son esprit où elle attendait patiemment son heure.

Karyaan vous l'a dit, nous sommes tous responsables. Et c'est vrai. D'être ou d'avoir été membres de cet Ordre, d'avoir prononcé ce serment, d'avoir agi ou de ne l'avoir pas fait. Tout cela nous donne un rôle dans l'Histoire et il serait à la fois mensonger et orgueilleux d'affirmer que nous n'avons fait que des bonnes choses.

Cependant, pointer la responsabilité de chacun, ses erreurs et ses manquements n'arrangera rien et ne produira rien de positif pour la Licorne. En se lançant dans cette voie, ils commettent un crime, là où nous n'avons fait que des erreurs. Ils se refusent à assumer la charge qu'ils ont acceptée et s'en dédouanent en se mettant en quête de responsables. Là où nous nous sommes parfois trompés, ils piétinent et détruisent sciemment au nom de leur incapacité à prendre la mesure de ce qu'ils devraient être, de ce dont ils sont peut-être incapables...

Ils n'ont à vous soumettre à aucun jugement, ne peuvent vous déclarer coupable de rien. Ce droit ne leur appartient pas, même moi je ne peux l'avoir. Vous avez fait, commandé, avancé. La vie vous a éloignée, puis ramenée. Le courant vous a portée jusqu'à ce rivage qui vous est désormais inconnu et dont vous apprenez tout, à nouveau. C'est ainsi et vous êtes la première à composer avec cette situation.


Il marqua un nouveau silence, glissant ses doigts dans la longue chevelure de sa Louve, cherchant dans sa présence et son contact la force qui lui était nécessaire à conserver sa lucidité face à cette situation qu'il commençait à trop bien connaitre et à ne plus supporter.

Vous devez faire ce que vous désirez. Revenir ou pas, le choix vous est permis. Vous n'avez pas à vous excuser pour ce que vous avez subi et vécu, tout comme je n'aurais pas du le faire d'avoir réussi à rester en vie...

Il avait prononcé ces derniers mots dans un soupir teinté de colère et de ressentiment. Revoyant les images, se rappelant les mots, les réactions et tout ce qui ne pourrait pas s'effacer. Il avait pris acte de leur décision, même s'il doutait qu'eux-mêmes avaient songé aux conséquences qu'elle impliquait.

Vous avez le droit de prendre votre temps, de réfléchir, d'attendre et personne n'a le droit de vous reprocher ça. Vous avez le droit de poser des questions.

Et si vous désirez y retourner, vous rendre là-bas et vous confronter à ça, rien ne vous oblige à y aller seule. Vous pouvez nous demander de venir avec vous, de vous accompagner et de vous soutenir. C'est l'essence même de la fraternité que vous auriez du percevoir quand vous les avez rencontrés, dont ils auraient du faire preuve au nom du serment qu'ils ont prononcé. Si eux en sont incapables, ce n'est pas notre cas.


La nature et la présence de la Louve et du Louveteau détendirent à nouveau ses traits. Son regard se perdit un instant au fil de l'eau qui se déplaçait lentement, emportant son esprit pour le reposer un instant, le laisser retrouver cette sérénité qui lui conférait, autant que sa folie, une force dont il percevait difficilement la limite.

Il avait su, avant même de partir, que cette entrevue ne serait pas anodine. Une fois de plus, la Vie se plaisait à lui donner raison.

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MessageSujet: Re: Le lac - divers et variés   Jeu 27 Oct 2016, 11:31

--Karyaan_ a écrit:
L'attrait des braies... ?

Léger sourire amusée de la Sombre.

... quand vous passerez à nouveau des journées et des semaines en selle, vous en comprendrez tout l'intérêt.

Le tumulte des eaux trop calmes...

Tant de choses se mirent à se bousculer dans sa tête et ses tripes.
L'abandon... est une de ses grandes phobies...
Ne se pardonnant pas d'avoir elle-même abandonné les deux amours de sa vie.
Pourtant, pourtant pas coupable, mais que voulez vous ?
Elle a été le grain de poussière d'un engrenage brisant en morceaux, tout un monde.
Et la pluie de cendre au goût immonde de chaire cramée, et ces hurlements de joie face à l'insupportable.
Comment les oublier ? Comment effacer ce souvenir imprimer plus surement qu'au fer rouge dans le regard d'une jeune adolescente pétrifiée devant un spectacle insoutenable ?
Et ça suinte encore, polluant chaque seconde, chaque lien qui se tisse, les rendant fragiles, bien trop fragiles.
L'abandon... cette déchirure qui fait craquer votre âme et la laisse en lambeaux suppurant en larmes acides.

L'abandon... cette impuissance de les voir tous partir, les uns après les autres.
L'abandon... face au vide qui devient glacial et vous enveloppe aussi surement qu'un linceul endeuillant votre vie que vous supportez à peine.
L'abandon... cette main qui se tend à la déraison vers cet autre qui s'éloigne inexorablement.
Alors on voudrait hurler, pleurer à se vider le cœur et l'esprit de tout ce mal qui pèse et qu'on ne comprend pas.
Mais on n'en a pas le droit, parce qu'au final, on se sent coupable.
Alors on reste là, debout et droit, regard tourné vers ce vide dont on se croit responsable et... on encaisse... s'amputant, scarifiée, encore et encore.

La brume débordant sans vraiment qu'elle s'en rende compte, la Sombre les yeux rivés sur les flots calmes du lac. Et le sel glisse sur sa peau d'opale, murant à la commissure de ses lèvres.
Elle écoutait en tentant de se détacher au maximum, même si elle savait la chose impossible. A chaque phrase prononcé par son compagnon, elle prenait un coup de poignard au creux du ventre. Parce que oui, il a raison, tout ce qu'il dit... tout ce qu'il expose... il a raison... et ils sont coupables d'avoir lâchés, d'avoir... abandonnés...
Alors que le silence revint, elle baissa un bref instant les paupières et la tête, inspirant profondément comme pour se recentrer sur ce moment présent. Cette bulle qui s'était formée autour d'eux. Ce moment intime qu'au final, elle n'avait jamais eu avec Bess... il aura fallu qu'elle tombe et se brise pour qu'enfin, elle soit à portée...

Et d'une voix lointaine, chargée d'un trop plein de trop de chose. Murmurant presque, ses yeux rivés sur la bouille endormie dans ses bras. Seul ancrage pour qu'elle ne dérive pas.


Ce qui importe vraiment, au final, n'est pas d'expliquer votre absence ni de l'excuser... ni même de comprendre pourquoi nous sommes restés silencieux, impassibles et que nous vous avons... abandonné...

Elle déglutit difficilement à ce dernier mot prononcé, mais il fallait bien appeler un chat un chat. Tout l'Ordre avait fauté. Tous, sans exception, ont abandonné leur Grand Maître au silence, acceptant sans se poser de questions les prétextes à son absence incompréhensible.
Tous... sans exception... tous... même elle... et ça, elle ne se le pardonnera jamais.

Encaisse Sorcière.
Remise dans un coin cet énième échec et encaisse. Tu n'as pas le droit de plier, tu n'as pas le droit de ne pas être debout et supporter.
Son visage se ferma alors légèrement, se parant d'un masque dont elle ne maitrise plus vraiment la puissance. Ce genre de masque qui se visse et vous fait passer pour froide et insensible. Son regard anthracite s'ancra aux azur d'Adel.


Vous n'êtes plus Grand Maître de l'Ordre. Nous n'avons pas su vous protéger. Vous pourriez revenir oui, et vous pourriez prétendre à cette place qui vous échue. Mais en avez vous seulement envie ?
Être de ceux qui montrent le chemin, sous entend que vous ne vous appartenez plus. Vous n'avez plus le droit d'être vous avec toutes vos failles. Vous vous devez d'être debout, de tenir, d'encaisser quoi qu'il arrive et surtout... d'imprimer un élan qui fera qu'on vous suive irrémédiablement.
Êtes vous à nouveau prête à ce genre de sacrifice ?
Non... vous ne l'êtes pas. Vous ne l'êtes plus.
La vie vous a offert une autre chance de suivre un tout autre chemin sans avoir à bafouer un serment dont vous auriez été incapable de déroger.
Si vous saviez comme je vous envie...


Marquant une énième pause, parce qu'il y a des aveux qui sont parfois dur à s'entendre dire, surtout quand on les prononce soi-même et qu'ils sont porteurs de bien des vérités qu'on se refuse d'accepter.
Oui, la Sombre aimerait quelque fois ne plus avoir sur les épaules, ce mantel trop lourd, ce fauchon trop tranchant, cette couronne trop imposante... et surtout, cet héritage qu'elle a fuit toute sa vie et qu'elle devra assumer tôt ou tard.


Quoi qu'il en soit, ne revenez que si vous êtes sûre de le vouloir.
Et même si je n'en ai pas la légitimité, je vous le dis tout de go... si vous revenez, je vous interdis de prétendre à votre statut de Grand Maître.
Vous êtes chevalier, vous le resterez, parce que je me suis battue pour qu'ils ne vous effacent pas des tablettes, cependant... je vous interdis de prendre un rôle si vous ne l'assumez pas jusqu'au bout.


La colère sourde de chacun de ses mots. Une colère non pas dirigée contre sa vis à vis, mais bien contre tous ceux là qui composent le Haut Conseil et qui n'y sont que pour l'honneur d'y être, sans se soucier de tout ce que cela implique comme responsabilité et rôle à tenir.

Je suis fatiguée de voir ma famille sombrer, d'espérer et de me rendre compte, au final que rien est fait pour changer.
Je vous interdis de me redonner le moindre espoir. De me faire à nouveau croire...
Vous êtes et vous serez à jamais Licorne, l'un des derniers véritables Chevaliers de cet Ordre.
Ne salissez pas tout en revenant à reculons...


Respire Sorcière, respire et arrête de pleurer bordel.
Arrête de la regarder avec ces yeux chargés d'une rage étouffée, d'une tristesse abyssale.
Calme toi et respire, elle n'y est pour rien, même si, tout comme toi, elle a été un grain de poussière dans le rouage rouillé qui a fini par se désaxer et totalement sauter.
Calme toi... respire.
Respire...
Fermant les yeux et baissant la tête, elle inspira et souffla longuement dans un murmure.


Pardon...

Trop loin, t'es allée trop loin.

Tant pis...

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